Barbarie Humaine

(Article initialement publié le 26/04/2012)

Barbarie, ignominie, infamie….Les mots me manquent pour décrire ce que j’ai ressenti en lisant le billet de la blogueuse Catwoman.

Catwoman a traduit l’article de BBC News, que vous pouvez retrouver ici.

Le gouvernement a volé son utérus 

Des docteurs ont informé la BBC que l’Ouzbékistan conduisait un programme secret de stérilisation des femmes – et que des femmes ont été stérilisées sans le savoir et sans leur consentement.

Adolat a une apparence forte, une voix calme et un secret qu’elle trouve particulièrement honteux.

Elle sait que ce qui s’est passé n’est pas de sa faute mais elle ne peut s’empêcher de se sentir coupable.

Adolat vient d’Ouzbékistan, où la vie est centrée sur les enfants et où une grande famille est la définition du succès personnel. Elle se voit comme un échec.

« Que suis-je après ce qui m’est arrivé ? » dit-elle tandis que sa main caresse les cheveux de sa fille – la fille dont la naissance changea la vie d’Adolat.

« J’ai toujours rêvé d’avoir 4 enfants – 2 filles et 2 fils – mais après ma seconde fille je ne pouvais plus être enceinte » raconte t’elle.

Elle est allée voir un docteur et a découvert qu’elle avait été stérilisée après avoir donné naissance à sa fille par césarienne.

« J’étais choquée. J’ai pleuré et demandé ‘Mais pourquoi ? Comment ont-ils pu faire ça ?’ Le docteur a dit : ‘c’est la loi en Ouzbékistan’. »

La stérilisation n’est pas, officiellement, la loi en Ouzbékistan.

Mais les preuves rassemblées par la BBC suggèrent que les autorités Ouzbeks aient conduit pendant au moins les deux dernières années un programme de stérilisation des femmes à travers le pays, souvent sans qu’elles soient au courant.

Les journalistes étrangers ne sont pas les bienvenus en Ouzbékistan, et en février dernier les autorités m’ont expulsé du pays.

J’ai rencontré Adolat et beaucoup d’autres femmes Ouzbeks dans la sécurité relative du Kazakstan voisin. J’ai aussi rassemblé des témoignages par téléphone et mail, et dans des enregistrements sortis du pays par courrier.

Aucune des femmes n’a voulu donner son vrai nom mais elles venaient de différentes régions d’Ouzbékistan et leurs histoires rejoignent celles des docteurs et professionnels de la santé à l’intérieur du pays.

« Chaque année on nous présente un plan. On dit à chaque docteur à combien de femmes il doit donner une contraception ; combien de femmes doivent être stérilisées », raconte une gynécologue de la capitale Ouzbek, Tashkent.

Comme tous les docteurs que j’ai interviewés, elle a parlé sous couvert d’anonymat. Parler à un journaliste étranger peut envoyer en prison, dans un pays où la torture en prison est la norme.

 « Il y a un quota. Le mien est de 4 femmes par mois », dit-elle.

Deux autres sources médicales suggèrent qu’il y a spécifiquement une forte pression sur les docteurs en zone rurale, où on attend que certains gynécologues stérilisent plus de 8 femmes par semaine.

« Une ou deux fois par mois, parfois plus, une infirmière de la clinique locale vient chez moi essayer de m’emmener à l’hôpital pour faire l’opération » raconte une mère de trois enfants de la région Jizzakh en Ouzbékistan.

« Maintenant c’est gratuit, mais plus tard vous aurez à payer pour ça, faites le donc maintenant » dit l’infirmière à cette mère.

Une autre mère raconte qu’elle a souffert pendant des mois d’une mystérieuse douleur et de saignements importants après la naissance de son fils. Elle a alors eu un examen avec des ultrasons et a découvert que son utérus lui avait été retiré.

« Ils m’ont juste dit, ‘Pourquoi avez-vous besoin de plus d’enfants ?

Vous en avez déjà deux « , raconte t’elle.

La BBC a recueilli des témoignages similaires en provenance de la Vallée de Ferghana, de la région de Bukara et de deux villages près de la capitale Tashkent.

Selon une source du Ministère de la Santé, le programme de stérilisation est là pour contrôler la croissance de la population Ouzbek, qui est officiellement de 28 millions d’habitants. Certains démographes sont sceptiques, cependant, indiquant qu’un grand nombre de personnes ont émigré depuis le dernier recensement en 1989, quand la population était environ de 20 millions d’habitants.

« Nous sommes en train de parler de milliers de femmes stérilisées à travers le pays », dit Sukhrob Ismailov, qui dirige l’Expert Working Group, une des rares organisations non gouvernementales œuvrant en Ouzbékistan.   En 2010, l’Expert Working Group a conduit une enquête pendant 7 mois auprès du personnel médical, et a mis en évidence 80.000 stérilisations pendant cette période, mais il n’y a aucun moyen de vérifier le nombre et certaines opérations ont été conduites avec le consentement des patientes.

Les premiers cas de stérilisation forcée ont été rapportées en 2005, par Gulbakor Turaeva – une pathologiste travaillant dans la ville d’Andijan qui avait remarqué que des utérus de femmes jeunes et en bonne santé étaient apportés à la morgue où elle travaillait.

Après avoir apporté la preuve de 200 stérilisations forcées, en traçant les femmes à qui les utérus avaient été enlevés, elle a rendu sa découverte publique et a demandé des explications à ses supérieurs. Au lieu de cela, ils l’ont virée.

En 2007, Turaeva est allée en prison, accusée d’avoir diffusé de la littérature d’opposition. Comme beaucoup d’autres, elle a refusé l’interview pour ce reportage à cause des craintes pour sa sécurité et celle de ses enfants.

En 2007, le Comité des Nations Unies contre la Torture a également rapporté des cas de stérilisation et d’hystérectomie forcées en Ouzbékistan, et le nombre de cas de stérilisations forcées a semblé chuter.

Mais selon des sources médicales, en 2009 et 2010 le gouvernement Ouzbek a publié des directives imposant aux cliniques d’être équipées pour pratiquer la contraception chirurgicale volontaire. En 2009, des médecins de la capitale ont également été dispatchés dans les zones rurales pour augmenter la disponibilité des services de stérilisation.   Il est évident que le nombre de stérilisations a alors recommencé à augmenter.

« Sur le papier, les stérilisations doivent être volontaires, mais les femmes n’ont pas vraiment le choix » explique un docteur d’un hôpital de province, qui a souhaité rester anonyme.

« C’est très facile de manipuler une femme, surtout si elle est pauvre. Vous pouvez dire que sa santé en pâtira si elle a plus d’enfants. Vous pouvez dire que la stérilisation est meilleure pour elle. Ou vous pouvez juste faire l’opération. »

Nombre des docteurs auxquels j’ai parlé ont dit que dans les deux dernières années il y a eu une spectaculaire augmentation des césariennes, qui fournissent aux chirurgiens une belle occasion de stériliser la mère. Ces médecins contestent les statistiques officielles selon lesquelles seulement 6,8 % des femmes accouchent par césarienne.

« Les règles pour les césariennes sont habituellement très strictes, mais maintenant je crois que 80 % des femmes accouchent par césarienne. Réaliser la stérilisation et la ligature des trompes est alors vraiment très aisé » dit un chirurgien-chef d’un hôpital proche de la capitale, Tashkent.

Plusieurs médecins et professionnels de la santé ont dit que la stérilisation forcée n’est pas seulement un moyen de contrôler la population mais aussi une manière étrange de diminuer les taux de mortalité maternelle et infantile.

« C’est une formule simple – moins il y a de femmes qui donnent la vie, moins il y en a qui meurent » dit un chirurgien.

Le résultat est que ça aide le pays à améliorer son rang dans les ements internationaux de mortalité maternelle et infantile.

« L’Ouzbékistan semble obsédé par les chiffres et les ements internationaux » explique Steve Swerdlow, le Directeur de Human Watch Rights pour l’Asie Centrale.

« Je pense que c’est typique des dictatures qui doivent se construire des récits basés sur autre chose que la réalité ».

Swerdlow pense que les gouvernements étrangers devraient faire plus. Jusqu’à récemment, le président Ouzbek Islam Karimov était un paria en Occident, mais dans les dernières années aussi bien les États-Unis que l’Union Européenne ont levé les sanctions, y compris un embargo américain sur les ventes d’armes.

Un certain nombre de diplomates occidentaux ont visité l’Ouzbékistan ces derniers mois, mais peu ont fait des commentaires publics sur le respect des Droits de l’Homme.   « Karimov a réussi à obtenir, dans ses relations avec l’Occident, qu’il n’y ait aucune action à l’encontre de ses actions et de ses violations des Droits de l’Homme », dit Swerdlow.

« Il y a un silence assourdissant quand on en vient aux Droits de l’Homme. Les rapports sur les stérilisations forcées ajoutent à l’urgence de briser le silence ».

Dans une réponse écrite à une demande de la BBC, le gouvernement Ouzbek  a dit que ces allégations de programme de stérilisation forcée étaient diffamatoires et n’avaient aucun rapport avec la réalité.

Le gouvernement a également affirmé que la contraception chirurgicale n’était pas répandue et portait sur la base du volontariat, après consultation auprès d’un spécialiste et avec le consentement écrit des deux parents.

Le gouvernement Ouzbek a affirmé que l’Ouzbékistan performait dans la protection des mères et des bébés et qu’il pouvait être considéré comme un modèle pour beaucoup de pays dans le monde.

Cependant, Nigora fait partie des nombreuses femmes pour lesquelles la stérilisation forcée est une réalité. Elle a eu une césarienne d’urgence. Le jour suivant, on lui a dit qu’elle avait été stérilisée. Le même jour, son nouveau né est mort.

Nigora a 24 ans et n’aura jamais d’enfants.

Une pétition est en cours ici.

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