Un petit coeur qui bat.

Cela fait quelque temps que je n’ai pas « raconté » ma Perle ici.

Car elle va bien, ma blonde. Très bien même.

En quelques mois, elle a achevé sa métamorphose et la chrysalide a laissé place à un merveilleux papillon. Si riche de couleurs, si tendre d’amour.

Physiquement déjà, la petite fille cachée sous sa tignasse sauvage, planquée dans des vêtements trop larges, trop noirs, trop sales est devenue une grande et svelte adolescente. Sevrée depuis un an passé de ses neuroleptiques, Perle a retrouvé un poids « standard » et s’est même délestée de ses rondeurs enfantines contre un corps féminin, élancé, magnifique. Bien dans ses baskets (enfin devrais-je dire ses talons maintenant), elle n’hésite plus à porter jeans moulants, petits tops colorés et autres accessoires « girly ».  Son style reste hésitant, parfois elle remet un jogging, une veste bien large, mais comme toute pré-ado en pleine mutation.

Psychologiquement surtout. Son intelligence, vive, sa réflexion, acérée, sont revenues puissance mille et lui permettent de tenir la dragée haute à ses camarades de classe, parfois même à sa grande soeur, Prems, qui du haut de ses 15 ans passés, sèche parfois devant les connaissances culturelles et scolaires de Perle.

Bien qu’ayant pris de l’assurance, bien qu’elle sache maintenant beaucoup mieux gérer ses émotions, il lui reste encore quelque fragilité. La vie en groupe lui est parfois difficile, elle hésite à se mêler à l’Autre, à oser dire tout haut ce qu’elle pense tout bas, à défendre son point de vue, sa place.

Comme aujourd’hui. Où je l’ai vue sortir de classe maussade, avec sa tête des mauvais jours. J’ai alors tourné mon regard vers son institutrice, j’ai vu son regard à elle, perdu, anxieux. Après un bref échange avec la jeune femme, je comprends que Perle a perdu son self-contrôle à la récréation et n’a pas su/pu reprendre ses esprits tout le reste de la matinée.

Alors, j’ai, comme avant, pris le temps, doucement, avec beaucoup d’humour (Perle réagit bien mieux devant mes tirades d’exagération que devant un discours moralisateur ou inquisiteur) de « débriefer » avec elle. J’ai attendu, entre ses larmes et mes silences. J’ai tendu des perches, prêché le faux pour avoir le vrai. Et elle m’a dit.

Elle ne m’a pas dit grand’chose d’ailleurs. Pour nous autres, adultes bien cartésiens, le détail  d’une camarade qui passe au mauvais endroit ne nous perturbe pas. Perle, si. Dans sa sensibilité, dans son amour pour ceux qui l’ont soutenue lors de ce printemps terrible, voir une petite fille fouler le sol qui avait recueilli confidences et rires de S., sa meilleure amie, a déclenché, irraisonnablement (mais l’amour est-il raisonnable ?) un tourbillon d’émotions, de colère et de rage chez ma fille.

Elle a poussé, évacuée l’intruse de ce lieu sacré. Mais elle a compris dans le même temps que sa réaction était démesurée pour l’Autre, pour la société. Que l’émotion doit être tapie et refoulée dans ce monde de brutes. Elle s’en est voulue immédiatement, trop fort, sans pitié. S’est flagellée pendant une heure et demie, en ne s’autorisant pas à faire partie du groupe, en s’isolant, se renfermant.

Après notre débrief, après mes mots apaisants sur ses brûlures d’enfant, elle a repris le chemin des écoliers le sourire aux lèvres.

Elle est ainsi, Perle. Belle comme un coeur, un petit coeur tout mou, tout neuf qui apprend à battre, parfois de façon désordonnée, parfois en rythme avec nous autres.

Elle est ainsi. Et c’est ainsi que je l’aime. Plus que tout. Mon doux, mon tendre, mon incroyable Amour.

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11 réflexions sur “Un petit coeur qui bat.

  1. Quelle douceur et quel amour pour ta fille ! Heureusement que tu es là, pour lui parler, pour savoir la prendre, et désamorcer les situations… Bonne continuation à Plume ! Les accros vont disparaître petit à petit: elle va y arriver !

  2. C’est vrai que l’humour désamorce toutes les situations douloureuses.
    Pas toujours aisé se dégainer l’ humour dans le feu de l’action.
    Parfois j’y arrive, parfois non.
    J’essaierai de penser à ta fille la prochaine fois pour ne pas foncer tête baissée dans les conflits récurrents avec ma minus et mon moyen : PENSER HUMOUR!!

    • Je ne sais pas…enfin, si, je sais…Perle et moi avons une relation particulière, je n’ai pas honte de dire (même si cela m’est difficile de le reconnaître) que j’ai une préférence particulière pour elle. Nous nous sommes raccrochées l’une à l’autre toutes ces années de souffrance, je n’ai jamais eu à la disputer ou la reprendre dans la vie de tous les jours. Donc je ne m’énerve jamais quoiqu’elle fasse. Alors qu’avec mes autres enfants, avec qui j’ai une relation plus « normale », je n’hésite pas à faire de l’autorité ou râler si besoin…Je reconnais la grande injustice de mon comportement. Je tente de faire un travail sur mes émotions et leur gestion, surtout par rapport à Deuz, qui elle, n’a que mes réprimandes et reproches 😦

  3. Pour moi ce qui a été douloureux dans la maternité, c’est toutes ces émotions qui n’étaient pas justifiées dans la réalité, avec parfois le sentiment de ne pas toujours aimer les autres enfants et , évidemment, un sentiment de culpabilité.
    Nous avons tous une préférence pour un d’eux : celui qui nous ressemble le plus, celui en qui on se reconnaît. Il y a comme l’illusion de fusion et les autres enfants sont de véritables Autres.Une chance pour eux!Pour les frères et sœurs cela semble injustifié et peut réactiver des jalousies .
    C’est aussi un formidable moyen de se connaître.C’est comme ça que j’ai utilisé ces émotions et quand j’ai pris conscience de ce qui se REjouait, ça a disparu peu à peu!

    • Alors je devrais peut-être faire ce travail de réflexion. Car bien que cette fusion entre Perle et moi me comble, elle blesse énormément Deuz qui me la reproche assez fréquemment. Alors que, et je le sais depuis longtemps, Deuz est mon double, nous nous ressemblons tellement. Peut-être est-ce pour cela justement que je la « repousse » et ne la supporte plus ? Elle me renvoie sans cesse mes douleurs d’enfants et me fait sentir tellement impuissante..

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