Trouillomètre à zéro.

peur

Il est plus de 23 heures, ce dimanche soir, et le sommeil me fuit.
Les pensées tournoient et se mêlent dans mon esprit, l’angoisse noue mes tripes et broie ma gorge.
Cette rentrée de Septembre, qui devait être si riche de bouleversements bénéfiques, se charge de stress, de désarroi et de panique.

Face à la détresse de Perle, devant l’angoisse grandissante de Prems, je me sens comme une petite fille démunie, qui ne souhaiterait rien de mieux que se blottir sous sa couette, fermer fort fort ses yeux, et attendrait qu’un adulte, enfin, prenne les choses en main.
Que quelqu’un endosse à ma place cette charge colossale que sont les soucis de mes enfants.

En effet, cette rentrée est bien soucieuse.
D’abord pour Perle, dont les premiers pas au Collège sont plus qu’ardus.
Dès le premier jour, la panique l’a submergée. Et le deuxième jour, elle l’a ensevelie. Crise de nerfs, tentative de fugue, hystérie et peine immense.
Trop grand, trop bruyant, trop rapide, ce nouveau monde l’a agressée si fort qu’elle n’a su absorber ses craintes.
Aussi, dès vendredi dernier, nous étions convoqués face au principal et toute sa clique, qui nous ont assené leur sentence. Aucune récidive de ce « mauvais » comportement, ou ce sera la porte. L’exclusion.
Heureusement, certains membres de l’équipe pédagogique ont su être bienveillants et à l’écoute de notre fille. Et vont tenter de l’accompagner dans ses débuts de collégienne.
Mais l’angoisse la ronge ce soir. Et me ronge également.
Car mon nouveau travail ne me permettra pas d’être présente pour elle. Parce qu’il n’y aura pas de seconde chance. Parce que j’ai peur que, demain, alors que je serais loin, elle n’y arrive pas. Et qu’à peine commencé, son avenir se heurte encore à ses phobies si tenaces.

Et il y a Prems. Ma belle bionda de presque 16 ans. Qui a soufflé ses bougies aujourd’hui, la boule au ventre, alors que sa date d’anniversaire n’est que dans deux jours.

Parce que ce jour-là, elle sera loin. Dans sa nouvelle école, son internat. L’école qu’elle a choisi le sourire aux lèvres en mai dernier. Mais qui lui semble aujourd’hui si terrible et inquiétante.
Toutes ses peurs, oubliées, endormies ces derniers mois de déscolarisation, ont refait surface violemment, annihilant toute sa raison, pour ne laisser place qu’au stress et à la peur.
Et, depuis une semaine, alors que l’on constitue doucement son paquetage d’interne, entre étiquetage intensif et petites attentions maternantes, je l’ai vue se transformer, se recroqueviller, s’enfermer dans une angoisse. Entre la peur de l’inconnu, l’angoisse de la séparation, la crainte d’être jugée, rejetée par ses camarades, tout a mené à un état d’agitation extrême qui atteint ce soir son apogée.

Là, tout de suite, elle est contre moi, lisant son troisième livre de la journée, pour tromper le temps. Là, tout de suite, elle comme moi, aimerions que le temps s’arrête. Voir recule, vite, très vite, et que revienne le temps de l’insouciance. Quand, toute petite et heureuse, rien ne l’enchantait plus que d’aller à l’école pour apprendre encore et encore. Quand mes bras et mes baisers suffisaient à calmer ses plus grandes peurs. Quand rien ne comptait plus que nous deux, juste nous.

Et la nuit va passer, lentement mais sûrement. Et le jour va se lever, étirer ses rayons et le bleu de son ciel levant, nous forçant à affronter, la gorge serrée et les larmes aux yeux ce que nous redoutons si fort.

Demain sera bientôt là.

Demain, je regarderai Perle monter dans son bus, priant de toutes mes forces que sa journée soit douce. Tremblant minute après minute, qu’un coup de téléphone déchire mon silence stressé.
Demain, je vais emmener, escortées de leurs sacs, valises et étiquettes, mes deux aînées, l’une impatiente, ma belle Rebelle, et l’autre complètement terrorisée.
Je vais les embrasser et repartir sans elles. Priant de toutes mes forces pour qu’elles prennent leurs marques rapidement. Tremblant minute après minute, qu’un coup de téléphone vienne briser nos espérances.

Demain sera bientôt là.

Et je ne suis pas armée pour l’affronter.

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6 réflexions sur “Trouillomètre à zéro.

  1. Courage pour aujourd’hui. Quoi de plus normal que d’être paniquée à l’idée de partir en internat ? Même si sa panique est plus forte, plus intense, elle est normale. Espérons qu’elle ne la submerge pas totalement, mais tout ayant été bien préparé en amont, tu as mis toutes les chances de votre côté… Allez, ça va aller !
    Et pour ta puce et ce grand collège si bruyant et impersonnel… N’y-a-t-il pas une petite structure privée sous contrat dans votre secteur ? Familiale et davantage cooconing ? Avec une attention à chacun plus présente ? Un collège qui pourrait mieux l’accueillir et l’aider à passer le cap ?

    • à part l’ITEP (un institut spécialisé pour les enfants avec troubles de comportement), il n’y a rien d’accessible pour nous :/ Et nous refusons qu’elle aille dans cet institut, où elle n’a pas du tout sa place, et qui détruirait le peu de confiance qu’elle a en elle. Si elle ne trouve pas les ressources nécessaires à son intégration au collège, je ne sais pas du tout ce que nous devrons mettre en place. Et surtout je n’ose y penser….Merci beaucoup pour ton soutien Marie 🙂

      • Bonjour, je tiens à vous dire que je suis de tout coeur avec vous et vos filles. Ayant moi même vécu l’angoisse que peut provoquer le collège. Effectivement ma fille en entrant en 6ème s’est elle aussi sentie submergée par l’angoisse mais ne nous a rien dit et n’en a rien montré, à la place elle a mis des cadenas sur son mal être, conclusion en 4ème ses angoisses sont remontées et elle s’est mis à avoir des douleurs énormes au ventre l’empêchant d’aller au collège. Après les examens médicaux nécessaires qui n’ont rien révélé, j’ai pris rendez-vous au Centre Médico Psychologique près de chez moi. Elle a dû être descolarisée toute son année de 4ème, elle a pris des cours au CNED. Au CMP on lui a fait de la relaxation thérapeutique afin de faire remonter ses angoisses à la surface pour qu’elle puisse les exprimer et ils lui ont appris à gérer ses crises. Elle est retournée au collège en 3ème et a passé une année assez médiocre mais a obtenu son brevet. Comme nous pensions qu’il fallait absolument qu’elle reprenne confiance en elle nous l’avons inscrite dans un lycée privé près de chez nous. C’était un petit lycée qui ne préparait qu’au bac commerce, ils était en tout 118 élèves (de la seconde à la terminale) c’est tout à fait la structure qui lui fallait, petite, sécurisante afin de prendre confiance et cela a marché, elle a évolué d’une façon extraordinaire, elle si réservée et devenue une jeune fille ouverte aux autres et elle a obtenu son bac. Elle a toujours de temps en temps mal au ventre mais sait aujourd’hui gérer les crises et celles-ci sont moins violentes et moins nombreuses. Je viens par ce témoignage vous dire qu’il faut agir tout de suite pour ne pas laisser s’installer le problème qui a amené ma fille a être déscolarisée et qu’il existe des petites structures privées, non spécialisées par rapport à tel ou tel problème, dans notre cas c’était un lycée tout ce qu’il y avait de plus normal hormis le fait qu’ils soient peu nombreux et qu’il faut garder espoir. Il faut vous faire aider par des structures extérieures, pour nous le centre médico-psychologique prenait ma fille 1h toutes les semaines, ce n’était pas quelque chose de lourd et ils ont vraiment fait du super boulot. Aujourd’hui elle continue ses études et tout va bien, elle va bientôt avoir 18 ans a un petit ami et est une jeune fille comme toutes les jeunes filles de son âge avec peut être un peu plus de maturité dû aux épreuves endurées. Bon courage

      • Bonjour ! Merci pour votre témoignage et votre soutien. Perle souffre d’anxiété aggravée depuis bientôt 7 ans. Elle a subi une hospitalisation en unité pédopsychiatrique au printemps 2012, lorsque ses phobies ont atteint un seuil critique mettant sa vie en danger. Depuis, elle reprenait petit à petit confiance en elle, avec l’aide de toute une équipe médicale et pédagogique. Mais son entrée au Collège a réactivé des peurs enfouies : la foule, l’inconnu, la séparation, la peur de l’échec etc… Nous allons donc reprendre un accompagnement psy et médical pour l’accompagner dans ces moments difficiles, en espérant qu’elle puisse trouver rapidement en elle les ressources nécessaires à son évolution de jeune fille 😉

  2. Je connais l’angoisse du téléphone, des mots dans le cahier de liaison, la peur que la journée se soit mal passée. ..Mon fils a développé une phobie scolaire à l’age de 7 ans. Les choses vont mieux depuis mais je stresse malgré tout à chaque rentrée, de peur que cela ne recommence.

    Concernant ta grande, l’entrée en internat est toujours angoissante, pour tout le monde mais cela ira mieux quand elle se fera des copines. Je suis allée en internat, j’avais très peur avant d’y aller.
    Au final, cela m’a permis d’être plus autonome, et j’en garde de bons souvenirs.

    Sinon je suis choquée de la réaction du principal du collège vis à vis de Perle, comme si menacer d’exclusion allait arranger la situation… Est ce qu’elle reste à la cantine le midi? Peut être pourrais tu trouver une nounou qui pourrait la faire déjeuner et lui permettre de faire une pause entre midi et deux.
    Je te souhaite bon courage.
    Libertad.

    • oui elle est demi-pensionnaire car nous ne sommes pas présents la journée. Si vraiment les journées complètes sont trop compliquées à vivre pour Perle, nous tenterons de trouver une solution de repli, bien entendu 😉
      Pour mon aînée, elle va apparemment mieux, elle m’a adressée un petit SMS rassurant à midi. Sa soeur cadette a intégré le même internat cet après-midi, j’espère que le fait d’être deux les rassurera un peu !
      Merci pour ton soutien et tes encouragements 😉

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