De la difficulté de s’avouer impuissants

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J’avais écrit ici à quel point je redoutais cette rentrée. J’avais écrit ma peur face à l’organisation militaire que les changements de rythme allaient nous demander.

Aujourd’hui, 22 jours après la rentrée des classes, je viens poser de nouveau mes maux ici.

J’avais écrit ici à quel point je redoutais cette rentrée. J’avais écrit ma peur face à l’organisation militaire que les changements de rythme allaient nous demander.

Aujourd’hui, 22 jours après la rentrée des classes, je viens poser de nouveau mes maux ici. Mes angoisses, bien présentes, qui pourtant ne sont pas celles auxquelles je m’attendais.

Impuissants. C’est ainsi que nous nous sentons, là, tout de suite.
Parce que toute organisation millimétrée qui soit, notre routine, notre vie familiale et professionnelle n’arrive pas à suivre.

Perle a craqué. Après près de deux ans à s’épanouir et prendre confiance en elle, son entrée au Collège a été trop brutale. Trop de stimulus, trop d’informations, trop de tout… Ma toute douce ne supporte pas ce rythme infernal, cette masse bruyante que sont les autres élèves, cette immensité qu’est le Collège. Perle a peur. Alors Perle pleure. Perle hurle. Perle tente de fuir. Perle se fait virer.
L’équipe administrative du collège, effrayée et paniquée face aux manifestations d’angoisse de notre enfant, a préféré couper court plutôt que de donner le temps à mon enfant, d’intégrer des repères et se rassurer.

Heureusement, l’équipe soignante et éducative a pris le relais, et depuis Lundi, a été mis en place un P.A.I. (plan d’accueil individualisé) : Perle est scolarisée à temps partiel. Seulement le matin.

Perle reprend des anti-dépresseurs. Pour la shooter. Pour que ses angoisses se fassent moins bruyantes, moins voyantes aux yeux des autres. C’est la boule au ventre et la culpabilité grondant, que j’ai pris cette décision de lui donner ces médicaments. Parce que le souvenir de 2012 est encore vif et saignant. Ses troubles de la vigilance, sa respiration de zombie, sa prise de poids colossale, son irritabilité et son agitation. Tout ça tourne en moi chaque fois que je lui donne un comprimé à avaler. Mais je n’ai pas le choix. Je dois brimer ma fille. Pour que d’autres acceptent de l’éduquer.

Soutenus. Heureusement, nous le sommes. Par nos proches, famille et ami-e-s. Par certains membres du corps enseignant et médical.
Pour qui Perle est importante, valable.
Et qui, chacun, pose une pierre pour stabiliser la carapace fragile de notre enfant. Pour que doucement, oh vraiment tout doucement, Perle relève la tête et arrive à regarder le monde sans trembler.
Perle s’accroche. S’obstine. Se bat. Jour après jour, elle affronte ses peurs pour ne pas perdre de vue son avenir. Elle a envie. Elle y croit.

Et le reste. Tout le reste.
Prems et Deuz qui s’acclimatent difficilement de leurs nouveaux rythmes. Entre l’internat et sa collectivité pénible à supporter parfois. Entre leurs journées en stage, qui n’en finissent plus tellement leurs charge de devoirs est lourde. Prems aura passé plus de 15 heures la semaine dernière à travailler d’arrache-pied sur son étude de cas. Jusqu’à minuit passé le soir, quand les petits dorment et qu’enfin je suis un peu disponible. Tout le week-end. Les larmes de douleur et de fatigue coulant de ses yeux bleus désemparés.
Mais elles aussi s’obstinent. Trouvent chaque jour la motivation d’apprendre, d’engranger encore et encore pour préparer leur futur.

Championne et Fiston tentent tant bien que mal de se faire une place aussi. Exténués nerveusement par leurs nouveaux rythmes scolaires. Brisés de fatigue et en manque d’attention par la cadence que leur impose mon nouveau poste. Mais le sourire et la fronde aux lèvres. Complices et remuants, toujours. Affectueux et bruyants, sûrement.

Et nous, parents. Qui peinons à reprendre notre souffle. Submergés par cette cadence infernale. Courir, tout le temps. S’essouffler, déjà.

Mon nouveau poste d’Auxiliaire Puéricultrice me comble au plus haut point, mais le prix à payer est colossal. Brisée de fatigue, je n’arrive pas encore à trouver un équilibre et peine à reprendre mes esprits. Rentrer vite vite le soir pour enchaîner sur une deuxième journée. Ne plus savoir où j’en suis. Ne plus savoir qui je suis.

Rester aux aguets, en permanence. Ne jamais me laisser aller à vivre l’instant présent, déjà toute tournée vers le prochain horaire à respecter.
Tenter de planifier, tout, à tout prix, et voir s’effondrer mon fragile assemblage.

Monsieur Mon Mari, exténué également, par son travail de nuit, à forte charge d’activités et le peu d’heures de sommeil grappillées la journée, entre transport d’enfants et autres rendez-vous.

Un bilan bien amer, il est vrai. Mais l’espoir est là, vacillant certes, mais présent.
Petite lueur alimentée par les appels rassurants et enjoués des aînées. Par la motivation et l’opiniatreté de Perle, par les câlins collés-serrés de nos petits.

Et on se dit qu’un jour prochain, cette vie effrénée sera devenue routine, paisible et sensée.
Un jour prochain, peut-être, je viendrais vous dire que tout va bien, enfin.

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11 réflexions sur “De la difficulté de s’avouer impuissants

  1. oh, là tout de suite, je n’aurais qu’une envie, c’est te serrer bien fort dans mes bras pour te réconforter un peu et prendre de ta tristesse … Je sais ce que c’est de se sentir parfois impuissante, mais je sais aussi qu’on ne renonce jamais, nous les mamans (et les papas !), alors je t’envoie tout le courage qu’il me reste encore pour arriver à surmonter cette période pas facile … Plein de tendresse à Perle ..

  2. Moi qui te lis pour la première fois, je suis boulversée…boulversée de tant de justesse, d’émotions, et de courage aussi. Pas facile de voguer à contre courant, mais ce qui est certain c’est que tu as construit un sacré navire…je te lirais encore avec plaisir, dans tes coups de gueule contre vents et marées, dans tes joies quand ton navire voguera au fil de l’eau…bientôt…

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