L’Art et la Manière

affiche 1Cohabiter avec un ado n’est pas chose aisée.

En effet, il faut savoir que cet être en construction n’a pas le même rythme que vous, parent.

Une journée dure 24 heures ? Il en passera la moitié à dormir. Minimum. Les jours d’école.

Aussi, lorsque vous avez la chance de le voir éveillé, vous bondissez sur l’occasion d’échanger quelques propos intéressants.

  • « Kevin ! (oui, appelons notre ado « Kevin », cela lui va si bien… Mais vous pouvez remplacer « Kevin » par « Beverly », ça lui va très bien aussi ) Kevin ! Ce serait sympa de descendre ton linge à laver, parce qu’il va pas se rendre dans la panière tout seul ! »
  • « Ouais, c’est bon, j’le f’rai, c’est pas la mort. »
  • « Kevin ! Je t’ai déjà demandé 100 fois de ne pas t’asseoir sur l’accoudoir de ce canapé ? Tu n’écoutes jamais, ma parole ! »
  • « Ouais, c’est bon…C’est pas la mort. »
  • « Kevin ! Tu ne vas pas porter cette casquette hideuse pour rendre visite à Mémé Paulette, quand même ! »
  • « Oh c’est bon, c’est pas la mort ! »

Vous pensez que la communication est rompue, que le dialogue n’est plus possible entre l’héritier et vous.

Que nenni, parent, que nenni !! L’ado sait baragouiner autre chose que cette expression si conciliante et évasive.

En effet, dans certaines situations, l’ado saura exprimer son opinion de façon ferme et mature.

Par exemple, lorsque vous lui demanderez aimablement d’extirper son postérieur de sous la couette pour donner un coup de main dans la maison. Ou bien, quand vous vous enquerrez de l’avancée du DM de Maths qu’il doit rendre demain à la première heure. Ou enfin, lorsque vous l’inviterez à se joindre au reste de la famille lors de la virée hebdomadaire au marché, dimanche matin – avant 10 heures, sinon Mme Germaine aura vendu ses meilleures salades et ne restera plus que quelques vieilles feuilles défraîchies.

Alors, votre adolescent vous assénera une phrase mûrement réfléchie et lourde de sens :

« J’ai la flemme… »

Vous ai-je souhaité bon courage ?

Hé, hé ! A bientôt..

Ne pas rompre le fil.

la-vie-ne-tient-qu-a-un-filNotre relation avec les autres est parfois bien compliquée. Polluée par des éléments extérieurs qui nous font lâcher prise, fermer nos écoutilles et nous replier dans notre bulle.

Notre perception est souvent obstruée par nos convictions, nos émotions, qui parfois, au lieu de nous guider dans la bonne direction, nous perdent dans des voies sans issue, sans retour.

Je vous ai déjà parlé de la relation conflictuelle qui perdure entre Deuz et nous. De cette bataille constante d’autorité, de ces cris, ces heurts incessants.

La séparation de cet été (Deuz a passé le mois d’Août « à la mer ») nous a fait le plus grand bien. A moi, en tout cas. Cette trêve m’a permis de souffler d’abord, et réfléchir ensuite.

Moi, qui me considère comme un parent à l’écoute, attentive aux besoins de mes enfants, empathique et bienveillante, j’ai depuis longtemps oublié cette ligne directrice quand il s’agit de Deuz.

Devant sa colère, ses insultes, ses rebellions et sa souffrance, je ne suis plus que rejet, agressivité et négation.

Et je ne veux plus. Je ne peux plus. Je ne veux plus appréhender son retour le soir, frémir d’angoisse en découvrant son regard belliqueux. Je ne peux plus investir mon énergie dans cette relation destructrice. STOP.

Alors, il y a quelques semaines, à son retour, j’ai pris la décision, que quoi qu’il m’en coûte, je serais pour elle aussi, malgré tout ça, la mère bienveillante que je suis pour mes autres enfants.

Ne pas rompre le fil.

Mais quand la fatigue s’en mêle, quand les nerfs lâchent, cela ne m’est pas facile. Il m’a fallu trouver des ressources extérieures, des personnes bienveillantes, « béquilles » sur qui m’appuyer en ces moments de faiblesse.

Et nous sommes deux, dans cette relation. Il me faut sans cesse faire taire ma colère pour entendre sa souffrance. Lui ouvrir les bras plutôt que lui claquer la porte au nez.

Apprendre à jouer des mots, des émotions devant cette enfant si différente, dans nos dialogues de sourds parfois.

Et je constate que cela va mieux. La communication se met doucement en place entre nous. Les cris s’estompent rapidement. L’opposition lâche du terrain.

Hier soir, la colère a grondé, les cris ont fusé. Mais j’ai freiné de toutes mes forces contre la rage qui m’envahissait. Et ça a fonctionné.

Ne surtout pas rompre le fil.

Deuz, ma Belle et re-Belle, gardons-nous de cette haine et tissons ensemble ce lien solide qu’est notre amour.