Passer le cap…

passer le capIl est des moments comme aujourd’hui, où je suis submergée par une émotion inattendue, un coup au coeur, une faille dans la routine. Lorsque je m’attendais à pleurer en déposant mon ToutPetit….Quand je pensais me sentir brisée devant la panique de Perle. Quand je pensais ressentir une frustration devant l’excitation de mon Mini-Bulldozer
Mais rien, il n’en a rien été…

Heureuse j’étais, légère je me sentais, de me libérer quelques heures de l’énergie dévorante de Fiston et Louloute. Sereine je restais face à l’angoisse de Perle.

Car hier, j’étais toute entière tournée vers ma première née, ma blondinette à couette, ma toute petite.

Passer un cap…

Refermer l’album de nos premiers attendrissements pour ouvrir celui de son envol. La regarder s’épanouir, éclore, dans les rires et la complicité.

Trembler de peur face à cette vie balbutiante, si innocente devant ce monde brutal et tranchant.

L’écouter raconter. « Maman, quel coup de vieux j’ai pris en entrant en Seconde »….

Oh mon Amour ! Si seulement tu pouvais lire en mon coeur, en mon âme. Tu saurais à quel point je partage ton sentiment. A quel point ma gorge se serre quand je te vois m’échapper.  Comme je me sens démunie pour t’accompagner, te protéger, te soutenir sur ce chemin chaotique.

Comme cela m’était simple de t’entourer de mes bras à ta naissance. Comme j’étais sereine devant tes premières expériences, tes premiers pas, tes premiers mots. Comme je me sentais forte, indestructible, héroïne même, par l’amour qui me remplissait…

Comme je me sens faible aujourd’hui. En proie aux doutes.

Te lâcher la main, te laisser passer ce cap seule…Etre là, mais pas vraiment. Te regarder trébucher pour mieux avancer. Taire ces recommandations que tu n’écouterais pas.

T’aimer. Plus que tout. Me ressourcer dans la lumière de tes yeux. Réconforter mes écorchures dans tes bras câlins, dans chaque éclat de rire que tu nous partages si généreusement ces derniers temps.

Passer ce cap….ensemble.

D’une chrysalide…

(Article initialement publié le 30/04/2012)

Perle va rentrer, bientôt. Ce n’est qu’une question de temps, de semaines, à ancrer ses progrès dans la réalité, à l’accompagner pour un retour serein.

Une question de temps, pour que notre fille ait pleinement conscience de ses capacités.
Une question de temps, pour qu’elle soit active dans ce retour.

Une question de temps, d’aménagements, de souplesse et d’écoute. Que nous allons solliciter auprès du corps enseignant, ici. Pour accueillir notre fille, en faisant table rase du passé. Pour lui offrir un espace sécurisant et le plus « normal » possible.

Une question de temps, pour évoluer.

Pour mon évolution.
Depuis quelques jours, le changement, jusque là imperceptible, du caractère de ma fille me saute aux yeux, au coeur.

La voir s’épanouir, se libérer de ce poids d’angoisses, qui l’empêchait de vivre, me remplit de joie.
La voir se redresser, se détacher, se sevrer en quelque sorte de mon aile protectrice me terrifie.

Les mots ne sont pas trop forts, non. Perle n’est plus la même. Amplifiés par le traitement médicamenteux, les changements sont criants.

D’une petite fille recroquevillée et silencieuse, Perle devient une grande et imposante jeune fille exubérante.

D’une douce et paisible enfant, nous découvrons une pré-adolescente au vocabulaire fleuri, au rire provocateur, aux jeux bruyants.

Ma fille se cherche, tatonne, copie mots et gestes d’autres.

La chrysalide va devenir Papillon, l’éclosion est brutale et douloureuse, pour elle comme pour nous.

Et cela me terrifie, oui. Car si j’espérais ce changement, cet éveil à la vie de mon Tendre Amour, je n’avais pas imaginé que cela changerait sa personnalité. En fait, non, cela ne la change pas, cela la libère.
La carapace d’angoisses et de peurs se fendille, craquelle et révèle ce que Perle retenait jusqu’à présent.

Mais cela fait tant d’années que cette carapace s’est installée, dès l’aube de son enfance, que nous découvrons maintenant la personnalité de notre fille.
Brutalement.

Et j’ai un peu peur. Peur de ne pas comprendre cette jeune fille étrangère, peur de ne pas aimer ce « Papillon« .
Mais j’ai hâte aussi. Hâte de la voir croquer à pleines dents une jeunesse qu’elle se refusait jusque là. Hâte de la découvrir rebelle, pleine d’assurance et de morgue.
Une pré-ado, quoi.

Mais toujours ma Perlemon Doux, mon Tendre, mon Incroyable Amour.

Papillon