Alors je prie

Nous sommes le mardi 21 décembre 2016, je suis confortablement assise dans mon canapé, devant ma cheminée qui flambe sous les bûches dont je l’alimente régulièrement.

J’entends Fiston commenter la partie de jeu vidéo de Championne. J’entends aussi Perle renifler, pas bien remise de sa grippe.

Je sais Deuz presque réveillée, sous sa couette, sans doute en train de « checker » les derniers SMS reçus dans la nuit.

J’imagine Prems et Monsieur Mon Mari occupés au boulot, à une quarantaine de kilomètres de là.

Ces dernières semaines, j’ai comme une envie de me plaindre, de pleurer, une boule amère dans la gorge.

Parce que tout ne va pas comme dans du velours pour moi, pour nous.

Parce que l’année se finit chichement, parce que notre Noël sera frugal, parce que plein d’autres peines, chagrins, espérances désabusées et tant d’autres contrariétés.

Et puis, j’ai honte. HONTE.

Tout va bien pour moi, pour eux, pour nous.

Parce que justement, nous sommes nous, unis sous le même toit. Un toit sûr et chauffé. Un toit à nous. Dans un confort inégalable. Nourris et en bonne santé. Soignés si besoin. Protégés.

Parce que mes enfants ne seront pas séparés, blessés, perdus, tués. Parce que mon mari ne sera pas enrôlé, ou torturé, ou exilé.

Parce que je ne serai pas violée, vendue, bafouée.

Parce que chaque jour m’apporte leurs câlins, leurs baisers, leurs disputes même. Autour d’une table garnie. Ou bien dans un lit douillet.

 

Des mots brouillons et mal agencés pour exprimer cette peur qui me tord le bide. Quand je prépare des colis de vêtements chauds, pour ceux arrivés en France ou dans des camps ailleurs. Quand je sais que la famille S., avec ses 6 enfants, va encore dormir dehors cette nuit, quelque part dans Lyon, comme tant d’autres. Quand j’attends des nouvelles des évacués, et que j’apprends l’horreur.

Quand partout, sur notre Terre, l’humanité se meurt.

Alors moi l’athée, la cartésienne, la française moyenne, je prie. Je pleure et je prie.

Priez avec moi. S’il vous plaît.

pray

 

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