Liberté, je crie ton nom !

J’ai toujours été une gentille petite fille, même si beaucoup ont pensé, ou pensent encore le contraire. Toujours obéir, se conformer à ce que l’on attendait de moi, rentrer dans le moule, surtout me faire oublier.

« Les règles ne sont pas faites pour être transgressées », une ritournelle ancrée si profondément en moi que j’ai pu parfois renier ma nature plutôt que de ne pas me plier aux sacro-saintes règles de la société.

En grandissant, j’ai heureusement appris à m’écouter, à faire confiance à mon jugement, et parfois la désobéissance a été la clé de mon épanouissement.

Je suis devenue mère assez tôt, selon les « normes ». Parcours atypique, avec un conjoint beaucoup plus jeune que moi, mineur de surcroît, naissances à répétition, mon dieu les cas sociaux !!

J’ai suivi à la lettre les recommandations du corps médical, de ma mère, des adultes de mon entourage, parce qu’eux « iels savaient », parce que je n’étais qu’une jeune femme conditionnée à me plier aux volontés des autres, même pour mes propres enfants.

Il m’aura fallu plus de 6 ans et bien 4 grossesses pour enfin accepter que MON opinion était la meilleure pour moi, pour mes petit.e.s, pour notre liberté.

Il m’en aura fallu de la souffrance et des remises en question, pour enfin tout envoyer balader et me fier à mon propre instinct. Cette petite voix qui depuis le premier jour me criait « STOP ! N’écoute pas, bouche tes oreilles !« 

Enfin, pour ma Championne, ma quatrième fille, j’ai rué dans les brancards et envoyé paître la société bien pensante. Allaitement, co-dodo, portage, éducation positive, non violence éducative, j’ai enfin suivi mon cœur et mon âme.

Et bien que je sois aujourd’hui sûre de moi, convaincue des bienfaits du mode d’éducation que j’apporte à mes enfants, il y a toujours quelqu’un.e pour critiquer, « conseiller », dire que « moi, de mon temps », « à ta place, moi ».

On m’a traitée de mère poule, de laxiste, de hippie, et bien d’autres termes encore. On a prédit que mes enfants me boufferaient toute crue, qu’iels seraient asociaux et tellement plus.

Seulement, « on » n’avait pas prédit, qu’en fait, tout irait pour le mieux. Que mes enfants grandiraient dans la confiance, le respect, l’amour et la tolérance. Qu’iels seraient mes égaux, oui, des individu.e.s à part entière, avec une totale liberté d’expression, dans la joie comme dans la colère.

« On » n’aime pas entendre mes enfants jurer, chanter à tue-tête, me contredire, s’insurger, claquer les portes, courir, sauter, vivre en fait ?

Tout simplement, « on » n’aime pas que nous ne rentrions pas dans cette petite case que la société nous impose.

Non, mes enfants ne rentreront pas dans vos cases !
Iels sont libres, iels sont uniques, iels sont parfait.e.s dans leurs imperfections.

Non mon fils n’est pas un « attardé » ni un « pervers » parce que je l’ai allaité jusqu’à 3 ans, porté dans mon dos jusqu’à 5 ans, ni un « homo » parce qu’il a joué à faire téter son poupon. Et quand bien même !!
Il a 9 ans bientôt, est tout à fait sevré, n’a même plus aucun souvenir de notre allaitement. C’est un garçonnet qui a une passion dévorante pour les reptiles, les dinos, les engins de chantier et le foot. Tout le contraire de ce que moi, mère possessive et abusive, lui ai apporté. Il sait qui il est, agit comme il le souhaite, toujours.

Et plus encore, je vois comme « on » est intolérant avec ma Championne, ma Tomboy, ma racaille de la campagne.
Non, ma fille ne va pas un jour « être plus féminine, quand même ! ». Oui, elle adore le rap, à outrance et jusqu’à plus soif, volume à fond. Oui elle s’habille exclusivement avec des survêt’, des baggy et des tenues de foot. Oui elle a les cheveux rasés, la démarche à la racaille, un langage de charretier et un ballon aux pieds.
Peut-être qu’un jour ses passions évolueront, peut-être qu’un jour son style changera. Mais certainement pas parce que « on » lui impose.

Nous sommes en 2017, il paraît que nous autres, humains, sommes une espèce « évoluée ».

Et bien quand je regarde et écoute les réactions sexistes, rétrogrades et complètement stupides qu’ « on » distribue à foison sur ma fille, j’ai juste envie de hurler à la face du monde, à quel point ça peut faire mal d’entendre tout ça et à quel point l’Homme n’est qu’un monstre d’intolérance et de jugement.

Oui Championne est un « garçon manqué », si ça vous fait plaisir de la cataloguer, de lui faire porter une étiquette dont elle n’a cure. Mon dieu, oui elle est certainement homosexuelle, en tout cas, pour l’instant son attirance va vers le genre féminin.

Comme dirait Shy’m, « et alors ?!! » qu’est-ce que ça peut vous faire ? Championne n’a jamais été aussi épanouie que depuis que j’ai cessé de lui imposer mes goûts, mes attentes, mon envie d’avoir une petite fille à couettes.

Vous n’imaginez pas à quel point cela me blesse quand vous égrenez vos petites remarques bien pensantes. Vous ne savez pas à quel point la lionne en moi se retient de balayer vos réflexions d’un coup de griffe.

Et dans le lot de ma tribu, aucun.e ne rentrera jamais dans vos petites cases étriquées et risibles.

Chacun.e a conscience de son identité personnelle et unique, sait le respect qui lui est dû.

Que ce soit ma Prems, adulte selon la loi, mais pas du tout prête à l’être et qui compte bien profiter longtemps du réconfort du nid familial.
Que ce soit ma Deuz, emo, rebelle et king size, qui refuse de rentrer dans votre moule désuet de l’apparence bien conforme aux magazines de mode.
Que ce soit ma Perle, qui passe pour une extra-terrestre à refuser de communiquer comme tout le monde, qui refuse d’exhiber son corps parfait.
Que ce soit moi, qui n’entre pas non plus dans votre petite case, en préférant me « sacrifier » pour mes enfants. Non, il faut « prendre du temps pour toi », « et toi, faut pas t’oublier »… Qui a décidé que profiter pleinement de mes enfants était me sacrifier, m’oublier. Est-ce qu’être une individue épanouie et comblée passe obligatoirement par l’apparence physique, le nombre de rendez-vous chez le coiffeur, ou la « réussite » professionnelle ?

En ces temps de prise de conscience quant à la condition féminine, je répète jour après jour à mes enfants à quel point leur corps, leur apparence, leurs aspirations amoureuses, sexuelles, professionnelles leur sont personnelles et incontestables.

Personne ne dira jamais à mes enfants ce qu’iels doivent être, ce qu’iels doivent faire.

Personne ne les obligera à annihiler leur individualité pour être un mouton de la masse, non merci !

Alors, la prochaine fois que vous voudrez demander à mes enfants de « se tenir bien comme il faut », la prochaine fois que notre façon de vivre vous dérange, vous choque ou je ne sais quoi, mordez-vous la langue, bien fort, jusqu’au sang, avant que ce ne soit moi qui vous la morde.

A bon entendeur, ….

 

 

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3 réflexions sur “Liberté, je crie ton nom !

  1. Ton texte m’a beaucoup ému. Je te dis Bravo! Bravo d’être toi-même, et de laisser tes enfants être eux-mêmes. Personne n’a le droit de vous juger toi et ta famille. Nous n’avons pas le même mode de fonctionnement, mais cela ne m’empêche pas d’admirer ta liberté et sa revendication ! Sache que je t’aime soeurette, même si on est différente. Je t’admire même, car tu puisse dans tes ressources de mère et de femme pour mener au quotidien bien des combats. Je te souhaite de continuer sur le chemin de la liberté avec toute ta famille. Bravo encore pour ton coup de gueule, je t’aime fort fort 😘

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