Brèves (pas si brèves) de Tribu

Je souffle un grand coup sur les touches du clavier, histoire de faire voleter la poussière accumulée là… Je souffle un grand coup aussi sur mes pensées, ensevelies sous les couches de fatigue et d’heures de sommeil manquées…

Voilà, la place est nette. Mon ordinateur ronronne sur mes genoux, la page blanche s’offre toute entière à la mélodie que vont jouer mes doigts sur le clavier.

Ce soir, je jouerai une partition libre, sans notes et sans portée, tellement mes idées sont mélangées et confuses. Le temps, encore une fois, se fait bien pressant et autoritaire, trop pressant, pour me laisser seulement l’espace de créer une sérénade, ou mieux encore, une opérette légère et mutine.

Aussi, comme souvent, je vais poser là, à l’état brut, quelques anecdotes, quelques pensées, pour vous raconter la vie dans ma Tribu.

Et, plutôt que des notes, ce seront des points. Comme ceux griffonnés sur mes to-do-lists, emplissant mon carnet de notes et mes tiroirs. Et que j’oublie, que j’enfouis, aussitôt écrites.

  • Fiston a fêté ses six ans ce mois-ci. Et aussi perdu une dent. Mon toutpetit, qui fait trembler mon monde depuis sa naissance. Mon blondinet, qui use et abuse de son charme ravageur pour nous faire oublier ses accès de colère. Mon ex-insomniaque, qui dort enfin tout son soûl, nuit après nuit, parfois dans son lit, parfois dans le notre, collés-serrés comme avant. Mon grand garçon, qui progresse jour après jour dans ses apprentissages, qui râle quand je le traite comme un bébé. Mon zébulon, qui bondit et tournoie sans cesse, jusqu’à m’en donner le tournis. Mon insolent, qui ne contient pas encore ses accès de colère et de rage, nous abreuvant régulièrement de ses logorrhées acerbes et violentes. Il me fatigue et me fascine. Il me manque et m’étouffe. Il va bien !
  • Championne. Celle que j’ai longtemps surnommée Mini-Bulldozer. Qui ne l’est plus vraiment, ma brunette. Oui, elle a toujours ces accès d’énergie qui la font installer un terrain de foot dans sa chambre, entre la poussette et la caisse de Légo en guise de cages. Oui, elle a toujours ce grain de folie, qui la bouscule des rires aux larmes sans transition. Mais elle grandit. Physiquement d’abord. Quand elle m’enserre de ses bras musclés, et que sa tête repose bien trop haut sur mon sein. Ma crevette est en passe de devenir une grande perche. Mentalement, ensuite. Quand ses réflexions et ses pensées l’emmènent sur des chemins d’adolescente. Quand elle écoute, quand elle comprend, quand elle questionne. Son parcours d’écolière reste serein, bien que parfois parsemé d’embûches désagréables. Comme le départ en congé maternité de son institutrice adorée, et l’arrivée d’une remplaçante revêche. Comme ces failles dans ses acquisitions, qui me font frémir en pensant à son entrée prochaine au collège. Mais elle va bien, très bien. Toujours ballon au pied, bien qu’un peu éloignée des terrains depuis quelques mois. Un match ou tournoi par semaine plutôt que trois…
  • Perle. Un mois aujourd’hui que j’ai décidé de la retirer du collège. Un mois que nous sommes libérés, soulagés, débarrassés de cette tension, de cette appréhension constante. Un mois que nous retrouvons notre fille. Souriante et détendue. Reposée. Perle grandit aussi. Physiquement bien sûr. Ma puce a déjà dépassé ses aînées, bien frustrées d’ailleurs, et du haut de son mètre soixante-cinq, réussit à se faire oublier, tellement discrète et réservée. Mentalement aussi. Elle n’aime rien plus que se faire toute petite, roulée en boule dans un coin de son lit, cachée, silencieuse. Sa sensibilité extrême, son âge aussi, font que Perle se fond dans le décor et nous devons régulièrement aller la titiller pour qu’elle accepte enfin de sortir de son repaire. Elle a débuté la semaine dernière ses séjours chez mon papa. Elle y passera désormais la semaine, pour étudier d’abord, et pour vivre aussi. Mon papa adoré prend ainsi notre relais, afin que Perle ne reste pas cloîtrée dans sa tanière toute la journée, en attendant que nous rentrions du travail. Cette première semaine s’est bien déroulée, malgré quelques coups de blues de ma Blonde. Elle y repart demain, après son entretien hebdomadaire avec sa thérapeute. Nous nous donnons le temps. Qu’elle prenne ses aises, ses repères. Que l’on voit si elle progresse dans son programme scolaire. Que l’on constate, ou pas, si cet arrangement lui convient, nous convient, convient à ses grands-parents. On prend le temps. Et elle va bien !
  • Deuz. Après un mois de Janvier extrêmement compliqué et sombre pour ma belle brune, le ciel s’éclaircit un peu, son sourire revient. Entre bravades et confidences, ma Différence s’apaise. Et pourtant ce n’est pas simple. Une année scolaire qui se fait chaotique, parce qu’elle n’a pas trouvé de stage professionnel. Parce qu’elle ne supporte plus trop les comportements de ses camarades de classe. Parce qu’elle est lasse, de tout. Qu’elle a tenté le pire, il y a quelques semaines. Mais a appelé à l’aide. M’a appelée. Malgré ses paroles, qui me blessent souvent, malgré ses rebuffades fréquentes, notre complicité est encore là, bien que fragile et malmenée. Des mots doux viennent parfois se glisser dans le creux de sa voix (enfin de ses textos, adolescente des années 2000 oblige). Des heures de confidences croisées aussi parfois. Souvent, un frisson d’angoisse me parcourt lorsque je pense à ma fille. Je ne sais encore où la mèneront ses pas, où l’entraînera son non-conformisme. Et pourtant. Et pourtant je me prends à sourire, à pleurer aussi, en la contemplant. Parce que, bien qu’elle ne supporte pas quand je dis ça, nous nous ressemblons tellement. Je sais sa sensibilité, je sais sa soif d’amour, ses velléités d’indépendance, son envie d’être une Autre, d’être Ailleurs. Je ne peux pas dire qu’elle va bien, ce soir, parce que l’angoisse me ronge toujours. Mais nous sommes ensemble et je vais me battre pour elle, encore et encore, pour qu’enfin un jour, je puisse dire sincèrement qu’elle va bien !
  • Prems. Ma Bella Bionda, ma toute grande. Qui ne l’est pas vraiment ces temps-ci. Elle oscille entre 5 et 10 ans d’âge mental dernièrement. Toujours à titiller ses cadets, amorçant les jeux les plus bruyants et les moins appropriés. Des bagarres remuantes et braillardes. Des parties de cache-cache hystériques. Qui finissent mal, en général. Mais elle est toujours aussi maternante et responsable. Prenant notre relais dès que le besoin s’en fait sentir. Un peu trop bien parfois, oubliant que ses cadets ne sont pas ses enfants. Quand elle essaye de les mener à la baguette et qu’ils se rebiffent. Quand je dois, régulièrement, lui rappeler que JE suis la mère, bien qu’absente trop souvent. Mais elle est toujours aussi bonne élève, complimentée et apprécié par ses formateurs. Bien intégrée à l’école maternelle où elle effectue son stage. Où elle s’épanouit de jour en jour, appréciant toujours autant de côtoyer les enfants. Elle va bien !
  • Monsieur Mon Mari. Qui enchaîne nuit après nuit des heures de travail éprouvant, entre la gestion de ses équipes et la pression de ses supérieurs. Qui me paraît bien malmené ces derniers temps, presque atteint. Après la passion de nos retrouvailles, la routine a vite repris le dessus et ils sont rares, nos moments d’intimité. Une soirée par semaine, il ne nous reste que ça pour exister. Mais entre nos cinq têtes blondes, nos soucis personnels et la tenace fatigue qui brise nos corps, nos instants complices se réduisent à une peau de chagrin ces derniers temps. Et j’en suis bien chagrine… Va-t-il bien ? Je n’en sais rien.
  • Et moi, et moi et moi… Bien qu’en temps partiel, mon activité professionnelle prend quasi toute la place dans mes journées. Parce que je ne laisse pas mon travail en claquant la porte du service. Parce que les situations compliquées de nos résidentes hantent mon esprit. Parce que je ne suis pas satisfaite de ma pratique professionnelle. Je ne me trouve pas à la hauteur. Je n’ai pas encore trouvé ma bonne place, depuis septembre que j’occupe ce poste. Je me questionne toujours autant sur ce choix. Ai-je eu raison ? Ou tort ? La réponse tourne et virevolte dans mon esprit, et j’attends patiemment qu’elle se pose. Côté personnel, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Je cours après les heures, trop peu nombreuses, pour abattre la charge de travail de mon rôle de mère. Entre lessives étendues à 22h, mots des instits signés en me lavant les dents, histoire pas racontée, câlin abrégé, je me sens frustrée et fatiguée. Et je n’ose me plaindre, j’ai si souvent entendu quelle chance j’avais, d’avoir un boulot aux horaires à la cool (si t’oublie les 2h de trajet quotidien), dans un secteur sécurisé (ouais la fonction publique, quand t’es contractuelle en CDD, ça n’a rien d’une sinécure), du peu de responsabilités (et donc de charge de travail) que génère mon poste (et donc, je ne suis qu’une 5ème roue, un accessoire parfois). Mes enfants me manquent terriblement. Entre baisers volés, et plâtrée de pâtes trop cuites, je me sens toujours entre deux portes, pensant toujours à l’heure d’après, au rendez-vous programmé, aux cours de Perle à rédiger, aux placards vides, aux factures impayées… Je ne vais pas très bien donc, même si jour après jour, le temps défile sans trop d’accrocs, dans notre organisation bien rodée. J’aimerais retrouver mon Mari, m’oublier dans ses bras. Je voudrais pouvoir prendre le temps de câliner mes enfants, de les écouter vraiment. Je souhaiterais que la roue cesse enfin ses tours infernaux et que ma vie redevienne comme avant. Mais avant quoi, je sais pas trop…

Mais on fait aller, comme on dit. Nous sommes en bonne santé, nous sommes soudés, nous sommes sept et nous formons une famille, notre unité, notre univers.

Brèves de Tribu #2015-01

journalCela fait quelques temps déjà que je n’ai pas écrit de brèves de Tribu.

Ce sera chose faite avec ce billet, où je vous convie à un petit tour de nos humeurs !

Et comme chez les Daltons, on fait ça du plus petit au plus grand !

Mon Boubou, ma Terreur, mon Fiston. Toujours aussi énergivore et survolté, mon tout petit approche à grands pas de ses six ans… J’en suis bien chamboulée. Six ans. L’année de l’entrée en primaire, la fin de la petite enfance pour beaucoup de « spécialistes ».
Mon Insomniaque, qui depuis longtemps maintenant, ne l’est plus. A quelques exceptions près, il enchaîne des nuits de douze heures sans sourciller, ne venant plus que très rarement coloniser le lit parental. A mon grand regret, je l’avoue. Je n’aime rien tant que sentir son petit corps chaud blotti contre moi, ses bras tentant de m’enserrer tendrement, ses cheveux blonds chatouillant mon nez. Voilà, mon bébé n’en est plus un et je ne le vis pas bien…. Mais ça va me passer, hein…Peut-être.

♥ Ma Championne, ma louloute, ma brunette insolente. Après quelques mois difficilement supportables, tant son insolence nous mettait à bout, ma petite dernière a retrouvé, un peu, de sa bonhomie naturelle. Oh, bien sûr, elle reste cette petite fille sur les nerfs en continu, pleine de répartie et de morgue, qui ne comprend pas que parfois, il vaut mieux se taire. Son année scolaire se passe sans qu’elle ne s’en soucie plus que ça, avec des résultats plus que moyens parfois tellement ma fille place ses priorités ailleurs : le foot, les copains, la farniente, le foot (ah ? Je l’ai déjà dit?)
Ses onze ans arrivent au galop, l’entrée au collège également, et je n’arrive pas à réaliser que ma toute petite est une presque grande

Perle, mon doux, mon tendre, mon incroyable Amour. Ma blondinette est une jeune femme à présent. A 12 ans, elle est entrée dans le cercle intime de « celles qui les ont ». Ce qui ne convient absolument pas à ma rêveuse. La réalité crue de son corps qui évolue, ces étapes de la vie qui lui font rappeler trop durement qu’elle ne pourra pas rester ma petite fille pour toujours. Et ces hormones, les vilaines, qui lui arrachent parfois des diatribes enragées, qu’elle entend sortir de sa bouche sans même les contrôler. Comme elle est surprise, abasourdie, de s’entendre nous répondre ainsi, elle qui jamais ne se rebellait contre l’autorité parentale.
Et la bataille qui fait rage. Qu’elle tente de gagner sans trop de conviction ces temps-ci. Malgré des résultats scolaires ahurissants, avec un bulletin de notes prodigieux, la scolarité de Perle est bien mouvementée. Elle n’arrive pas à prendre confiance en elle, ne se sent pas capable de réussir. Alors, les étapes se gèlent : pas d’augmentation de son temps de présence au Collège, des matins où elle n’arrive pas à sortir de la maison, un recul important de son investissement…. Je ne sais pas, je ne sais plus. Que va-t-elle devenir ? Demain, l’année prochaine, je ne vois pas d’issue favorable pour elle. Notre rythme professionnel ne nous permet plus de l’accompagner, de la soutenir comme nous le devrions, et je m’en veux terriblement. Nous nous sentons perdus, isolés.

♥ Deuz, ma Belle ReBelle. Qui, après un démarrage en trombe dans sa nouvelle école, se lasse et baisse les bras. Un gros coup de fatigue, une belle déprime, que sais-je. Ma Différence se terre dans son antre, se réfugie dans le sommeil à longueur de temps, retrouve ses mauvais réflexes d’agression et d’insolence hargneuse. Heureusement, notre complicité reste tenace et ma Brune voluptueuse arrive à se contenir. Mais comme pour Perle, nous n’avons pas une jolie vision des mois futurs, apeurés qu’elle lâche tout, démunis pour la soutenir, l’aider à trouver la voie qui lui redonnerait motivation et enthousiasme.

♥ Prem’s, ma Bella Bionda, ma Toute Grande. Qui oscille entre un mode de fonctionnement adulte et quelques velléités d’adolescente hormonée. Ma première, ma complice. Toujours aussi responsable et mature, elle prend notre relais sans sourciller dès que le besoin s’en fait sentir, attentionnée et aimante envers sa fratrie. Mais, ce que je souhaitais pour elle est arrivée, elle retrouve enfin un comportement de jeune fille de seize ans, entre claquage de porte, phrases assassines et je-m’en-foutisme royal. Ses études lui plaisent toujours autant, même si elle ne trouve toujours pas à s’organiser correctement. Sa majorité approche, seulement un an et demi la sépare de son entrée dans le monde adulte. Je n’arrive pas à le croire. Comment ma toute petite blondinette peut-elle déjà être si grande ? Alors qu’il me semble qu’elle faisait ses premiers pas hier, elle s’apprête bientôt à avoir la permission de voter…

♥ Et nous. Lui et Moi. Ensemble, unis. Après un automne dévastateur, qui nous aura conduit à la séparation, c’est plus complices que jamais que nous abordons 2015. Mais notre rythme professionnel ne nous laisse aucun répit. Je cours du travail à la maison, enchaîne plusieurs journées en 24 heures, m’épuise déjà. Monsieur Mon Mari est tout autant harassé par la cadence infernale de ses nuits de travail, où, changement de grade oblige, ses responsabilités augmentent tout autant que sa charge de travail. A courir chaque jour entre deux écoles, entre deux rendez-vous, le manque de sommeil s’accumule et je crains que sa résistance ne soit bien entamée…

Mais tout ça réuni, qu’est-ce qu’on va bien !

Nous sommes ensemble, nous sommes sept, nous sommes une Tribu complice et unie, soudée contre les épreuves et les mauvais penseurs.

nous

Et la lumière est revenue.

Je voulais vous dire, mais les mots m’ont manqué.

J’aurais pu écrire, mais l’envie m’avait abandonnée.

Alors, j’ai éteint. Fermé les fenêtres qui nous liaient, vous lecteurs fidèles, et moi, l’insignifiante écrivaillon qui racontait sa vie.
J’ai fermé à double tour cet espace de liberté. Et j’ai perdu la clé.

Et j’ai craqué.

Burn-out. Dépression. Rupture. Fracture.

Qu’ils sont nombreux les mots qui pourraient définir ce que j’ai ressenti, traversé ces derniers mois.
Ils sont nombreux mais je ne les retiendrai pas. Je n’en veux pas, je n’en veux plus.

J’ai touché le fond il y a quelques temps, dépassée par un rythme de vie dérangeant, épuisant, laminant tout sur son passage : brisé, mon équilibre mental, anéantie, la fragile organisation familiale, détruite, ma relation avec Lui.

Mais je disais plus haut que je ne retiendrai pas ces mots-ci.

Car ce sont d’autres qui m’emplissent aujourd’hui.
L’amitié et le soutien indéfectible que vous m’avez apportés, jour après jour.
L’amour sans bornes dont vous me comblez.
La confiance et l’estime que vous me portez encore et toujours, malgré mes défaillances.
Les verres que vous m’avez servis, les mouchoirs que vous m’avez tendus, les bras dont vous m’avez entourée.

Et j’ai relevé la tête. J’ai rouvert les volets, laissé entrer la lumière.

soleil

Et la vie a repris, aussi folle et intense. Avec ses heures assassines qui ne me laissent souvent sans force. Avec ses remises en questions et ses doutes, toujours et encore.

Mais c’est ma vie.

Et j’ai décidé de la vivre.
Aux côtés de ma Tribu bruyante et grandissante. Dans ses bras à Lui, amoureuse comme au premier jour. Avec elles, mes « mauvaises fréquentations », dans les rires et les bulles.
Avec vous, aussi, si vous en avez envie.

J’ai retrouvé la clé.

Et je reviendrai vous raconter. Vous dire que ça va, ou pas. Vous raconter comme Fiston m’épuise, encore et toujours. Vous bassiner avec mes fiertés maternelles devant ces presque femmes que sont mes aînées. Vous raconter la bataille et la victoire de Perle, encore. Me plaindre du caractère irascible de ma Championne, et de sa fragilité attendrissante.
Et tellement d’autres choses encore, qui bouillonnent de nouveau derrière mon front détendu.

Alors, à bientôt ?

Réveil.

jeune_arbreC’est le Printemps ! Enfin, nous quittons le solstice d’Hiver, cette période de latence et d’hibernation qui me lamine le corps et l’âme.

Enfin, je sais que petit à petit, le froid va s’éloigner, le soleil se faire plus présent et plus chaud et que la dépression va lentement laisser la place à l’énergie.

Depuis toujours, toutes les fibres de mon être réagissent fortement aux cycles de la nature et j’ai constaté, au fil des ans, à quel point je réagis au climat.

Chaque hiver, de novembre à mars, mon esprit se met en veille, en gris. Je me replie, je m’isole, je me traîne. Physiquement, je fais comme l’ours bougon qui s’empâte et comate. La moindre activité me demande une énergie que je n’ai plus, le moindre souci prend des ampleurs dramatiques.

Mais chaque année je me réveille. Dès les premiers signes du renouveau, mon âme se régénère. L’énergie revient, l’envie aussi.

Et aujourd’hui, enfin, j’ai rouvert la porte au bonheur. C’est écrit, noir sur blanc, sur tous les calendriers. Même si l’hiver n’est pas tout à fait terminé, laissant encore quelques signes de sa froidure, je sais que le meilleur est à venir. Les heures passées à flâner dehors, le chant ravissant des mésanges du jardin, les premières sorties de Madame Hérisson. Les balades le long du Rhône et ses berges fleurissantes, les premières bronzettes sur ma terrasse, les premiers picnic en famille.

Et autant hier, je me lamentais du retour de Mme la Poisse dans ma Hutte, autant aujourd’hui, les mêmes galères me semblent surmontables. Je sais que cela va aller. Nous allons nous en relever.

Mille projets fourmillent déjà dans mon esprit. Mon corps frémit et me supplie de le faire vivre.

Je suis une fille du Printemps. Née en ce beau mois de Mars, même la perspective de souffler mes 37 bougies bientôt n’arrivera pas à me plomber le moral.

Je suis une fille du Printemps. Je me suis réveillée.

Un peu de nous, un peu de tout

comebackJe suis connectée !! Grâce aux doigts de fée de mon beau-frère adoré, mon ordi a retrouvé une nouvelle jeunesse ! J’avoue que je n’ai pas réussi à me sevrer plus de quelques jours de mon addiction à l’internet, aussi j’ai très vite « emprunté » l’ordinateur portable de Monsieur Mon Mari pour faire mon tour quotidien.

Mais enfin, j’ai sur les genoux mon précieux, ronronnant et vibrant sous mes doigts qui courent sur le clavier. Je peux de nouveau vadrouiller à mon aise, laisser mille onglets ouverts, jeter mes idées de billets sur mon éditeur de textes. La belle vie, quoi !

Alors, en ce dimanche soir, alors que les enfants, bien stressés par la reprise demain, font les hystériques dans leurs lits, je fais la sourde oreille et viens vous raconter quelques brèves et autres anecdotes de ma Tribu ! Let’s go !

#Prem’s

Après des débuts prometteurs dans ses études à la maison, ma belle blonde s’est vite découragée et a repris ses bonnes habitudes, c’est à dire sieste à gogo et glandage intensif. Aucune production d’écrit alors que le CNED attend d’elle une implication intense pour rattraper ces 3 mois de non-sco.

Alors, ma petite soeur a gentiment proposé de l’accueillir quelques jours afin que son conjoint aide ma blonde à progresser dans les matières ardues que sont la Physique-Chimie et les Maths. De plus, elle a pu éprouver son attrait pour les métiers de la puériculture en pouponnant ses petites cousines. Mille mercis à eux !

#Deuz

Que dire de ma Différence ? Ces deux dernières semaines, je ne l’ai qu’entr’aperçue, dix minutes par-ci, dix minutes par-là quand elle daignait sortir de son antre. Ma brune sensible a définitivement basculé du côté des ados, en préférant largement s’enfouir sous sa couette H24, tablette et téléphone à portée de mains, plutôt que de nous honorer de sa présence.

Mais, après les épreuves qu’elle a traversées ces deux derniers mois, entre coup de blues et grande détresse, j’ai préféré ne pas la bousculer et la laisser vivre à son rythme. Et j’en ai été bien récompensée par ses jolis sourires, son calme et sa douceur quotidiennes, lorsque nous nous croisions dans la maison !

Depuis quelques jours, ma jolie puce se voit affublée d’immondes bagues enlaidissant ses belles dents de jeune fille. J’étais contre ce dispositif de correction dentaire, n’y voyant guère d’utilité, mais ma fille y tenait particulièrement, assez complexée par ses (si mignonnes) dents du bonheur. Alors, la voilà partie pour plus d’un an d’appareillage. Pour l’instant, elle gère cela comme une chef, malgré les douleurs et gêne occasionnées par ces bouts de plastique.

Même physiquement, ma ReBelle évolue à vitesse grand V. Bien qu’ayant une alimentation normale, elle voit son poids descendre doucement mais sûrement, ce qui, pour ma rondelette, est un vrai plaisir. Elle qui se sent si différente des autres par cette silhouette enrobée, elle qui rejette si violemment les signes de sa féminité, se voit différemment et le poids ainsi envolé lui libère un peu l’esprit.

La semaine prochaine, nous irons visiter une école, pas très loin de chez nous, où elle aimerait être inscrite, en internat, l’an prochain. A suivre…

#Perle

Pas grand’chose à dire de ma tendre fille, si ce n’est qu’elle aussi frôle l’adolescence du bout des doigts.  A 12 ans bientôt, elle a toujours un caractère en or, mais n’aime rien de moins que s’isoler pour bouquiner, visionner des mangas ou faire un tour en vélo. Quelques mois la séparent de la fin de sa scolarité en primaire, et déjà elle bouillonne de questions quant à la vie au Collège. Bientôt, elle ira le visiter avec sa classe, préparera son dossier d’entrée en Sixième. Bientôt une nouvelle étape pour mon tendre amour.

#Championne

Notre mini-bulldozer, d’habitude pleine d’entrain, infatigable, toujours le ballon au pied, montre quelques signes de lassitude ces temps-ci. A bientôt 10 ans, Loulou oscille entre un attrait pour la féminité, des aspirations de jeune fille et son besoin vital de se dépenser en continu. Malheureusement, perdue, elle ne sait comment concilier tout ça et déboussolée, elle baisse les bras. Parle de stopper sa (toute débutante) carrière prometteuse de footballeuse. Abasourdis, nous tentons de lui ré-insuffler cette énergie qui la caractérise d’habitude, et espérons que le temps fera son oeuvre et lui permettra de voir clair dans ses aspirations.

#Fiston

Mon toutpetit, mon ouistiti, mon insomniaque. Que dire sinon qu’il grandit fort et vite, en bêtises et en réparties. Des milliers de câlins, des tonnes de bisous, des gronderies, des fâcheries pour de vrai, des coup de blues et des rigolades ont rythmé les vacances de mon ange blond.

Et nous dans tout ça, Monsieur Mon Mari et moi ? Nous avançons, jour après jour, un pas après l’autre, trop happés entre nos emplois, notre rôle de parent, notre charge de travail quotidien. Fragilisé, malmené, bien fatigué, notre couple vacille et tangue. Mais l’amour qui nous lie, depuis bientôt 17 ans, nous permettra, j’en suis sûre, de vivre un avenir plus doux et plus tendre. Chaque fibre de mon être lui appartient, chaque cellule de mon corps vit pour et par lui. Nous nous en sortirons, c’est une promesse.

C’est sur cette note d’amour que je terminerai ce billet de retour. Pleine d’envies sous ce doux soleil printanier. Envie de vivre, de rire et de partager. Envie de petits riens, comme un apéro sur la terrasse, une soirée entre amis. Envie de trop grand, comme cet appel de ma maternité vieillissante, qui me tord les boyaux et l’âme chaque heure qui passe.

Juste l’envie de vivre, de les aimer toujours plus fort, toujours mieux. Toujours.

Brèves de tribu #2014-04

journal

Après quinze jours d’invasion microbienne, je retrouve doucement mon énergie et ma speed-itude [ouais, j’invente des mots si j’veux!] naturelle et tente de rattraper tout le retard accumulé dans les tâches ménagères/mon boulot/le suivi des enfants etc…

Ces deux dernières semaines ont pourtant été marquées de petits bonheurs, d’instants câlins et de bisous fondants.

Février est le mois de mon Fiston, avec ces 5 ans tout ronds pour cette année. Un fiston qui grandit toujours à son rythme particulier, bien plus axé sur les engins de chantier/camions de pompiers/hélicos de police, que sur ses apprentissages cérébraux ou moteurs.

Il ne sait peut-être pas compter jusqu’à 12, mais connait par cœur le nom de chaque engin qui croise notre route.

Il n’est peut-être pas très porté sur l’écriture, sur les boucles bien faites et les quadrillages bien perpendiculaires, mais il peut, d’un coup d’un seul, construire un avion futuriste perfectionné avec ses petits Légos.

Il n’arrive peut-être pas à articuler correctement plus de trois mots dans sa phrase, il est encore et toujours fâché avec la conjugaison [donc il n’utilise que l’infinitif des verbes, c’est plus simple hé hé], mais il sait remplir le lave-vaisselle et faire une purée [atouts certains pour sa future vie amoureuse, n’est-il pas?]

Mon toutpetit, mon blond charmant. Mon bagarreur, mon boudeur. Prends bien ton temps, il file si vite pour moi…

Entre deux rechutes grippales, j’ai tenté de motiver Prems à travailler ses cours – enfin ! – expédiés par le CNED. Une masse de travail imposante pour une ado bien nonchalante.

Pas évident de la soutenir dans ses apprentissages, quand toute parole maternelle est détournée, quand chacun de mes propos la heurte. Partagée entre mon envie de la materner, de lui laisser le temps de progresser dans son travail psychologique, et l’envie non moins forte de la secouer comme un prunier, de la sortir manu militari de sous sa couette, de la voir vivre pour elle et sans nous.

Il y a Deuz aussi. Qui s’enfonce lentement dans la dépression, malgré notre soutien, malgré son entourage amical, éducatif, qui fait tout pour la sortir de son marasme. Mais rien ne semble l’atteindre, aucune de nos attentions n’a d’impact sur son moral.

Mais il y a aussi Perle. Qui continue sereinement son chemin, dans les rires et même l’exubérance parfois ! Qui excelle à l’école et s’épanouit à la maison. Elle n’hésite plus à s’affirmer, toujours dans la bonne humeur et l’humour potache.

Il y a notre Championne. Qui se passionne pour les Jeux Olympiques. Qui profite d’un coriace rhume qui la cloue au lit pour se gaver de biathlon et autre patinage artistique. Elle garde le sourire malgré la fatigue. Et doit d’ailleurs être vraiment bien affaiblie pour ne pas rouspéter face aux entraînements loupés, aux matches non disputés.

Et enfin il y a Nous. Deux adultes noyés dans la masse. Déboussolés, malmenés dans ce rythme trop soutenu. Aucune pause, aucun répit. Une communication rompue, des incompréhensions, de la rancoeur et des doutes, qui nous font perdre pied et creusent un sillon douloureux dans notre Amour. Alors ce soir, nous nous mettons sur Pause. Une pause d’amoureux, en ce jour consacré. Juste nous deux. Pour ne pas rompre le fil aimant qui nous lie depuis 17 ans. Parce que l’on s’aime, tout simplement.

Aimez-vous les uns les autres, aimez-vous égoïstement, chérissez-vous, prenez soin de vous !

Ma différence

Besoin d’écrire.De poser des mots sur ces maux.

De laisser couler ma peine avec l’encre de ma plume.

Pour tenter de conjurer le mauvais sort, réécrire le destin.

dépression

Ma différence, mon enfant.

Il ne peut être écrit que sa vie sera ainsi. Bercée d’illusions, rythmée d’insomnies.

Deuz va mal. Malmenée et désorientée, elle se noie dans un état dépressif.

Et que rien n’apaise sa douleur. Quand elle se réfugie dans les pleurs, dans la violence.

Cela fait tant d’années que Deuz mène ce combat contre ses démons. Tellement de temps à prendre, à laisser filer parfois, pour nous cacher de sa réalité d’enfant difficile, différente.

Et quand, enfin, la situation semble s’éclaircir, l’horizon se dévoiler, il est encore un obstacle à franchir. Une montagne à gravir.

Embourbrée dans des relations amicales difficiles, Deuz perd pied et faiblit. Depuis quelques jours, le sommeil la fuit, les vertiges et nausées ne la quittent plus et la peine lui colle à la peau.

Rien de ce que je dis ou fais ne l’atteint.

Comme il est difficile d’être une Maman, alors. Comme j’aimerais, d’un coup de baguette magique, effacer ses maux et repeindre en rose son adolescence.

Comme j’aimerais, parfois, avoir le droit de secouer ces petites gamines hargneuses qui brisent mon enfant.

Qu’il serait doux de lui montrer son avenir, de lui prouver que sa vie sera plus douce, après.

Que ces instants de conflit ne sont que passagers, que la maturité et l’expérience seront ses alliées face à l’adversité.

Mais à 14 ans, on s’en fout de l’avenir. On s’en fout des belles paroles dont les adultes nous bassinent.

C’est tout de suite, maintenant, que la vie doit être belle et pétillante.

Deuz a de l’amour à revendre, des rires à partager….mais personne n’est là. Rejetée en bloc par une société adolescente perdue. Quand la majorité est conditionnée par des codes sociaux puérils et dangereux. Quand la majorité se moque de la timide, repousse la différente.

Comme il est difficile de la voir souffrir, ma différence. Comme elle fait écho en moi, cette souffrance.

Il ne me reste qu’à passer le relais. Attendre des autres qu’ils prennent soin de mon enfant. Attendre que le temps fasse son œuvre, qu’il panse péniblement ses écorchures.

Faites que tournent les vents et vienne le temps de l’insouciance pour ma différence.