« Adolescente et dé-scolarisée  » – épisode 1

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Depuis Janvier 2015, Perle est dé-scolarisée. A cause de ses troubles d’anxiété sociale, son passif de phobique scolaire et un environnement scolaire assez obtus (pour être polie), son passage au Collège n’aura été que bref et violent.

C’est perdus et désemparés que nous avons pris la décision de retirer notre enfant du système classique. Nous l’avions déjà expérimenté en 2009, lors de son CP, lorsque ses troubles ont pris trop d’ampleur pour lui permettre d’évoluer en classe.
Après une longue période d’errance, puis de soins, nous pensions que la guerre contre « ses soucis » comme elle les appelle, était – presque – gagnée et qu’enfin, Perle allait pouvoir retrouver un rythme normal de pré-ado « dans le moule ».

Malheureusement, cela n’a pas été le cas, malgré les efforts surhumains qu’elle a fournis.
De crise d’angoisse en attaque de panique, de convocation en conseil de discipline (avec les forces de l’ordre qui font bien peur), les défenses de Perle ont craqué, et pour la protéger, nous avons tout arrêté.

Bye-bye le collège, retour à la maison.

Comme son papa et moi travaillons, pour que notre fille ne reste pas seule toute la journée, nous avions trouvé une solution : qu’elle passe la semaine chez son grand-père (qu’elle adore) pour suivre tant bien que mal sa scolarité et qu’elle soit chouchoutée.
Hélas, Perle n’a pas supporté être loin de la maison plus de quelques jours et rapidement, on revenait à la case départ.

Dans le même temps, nous avons reçu une convocation des services de protection de l’enfance, nous informant qu’une information préoccupante leur avait été déposée par le Collège.
Pour négligences.
Un cataclysme d’émotions et d’angoisses a alors pris possession de mon cerveau, moi qui justement travaille dans une structure de protection de l’enfance. Moi qui ai rencontré des dizaines d’enfants retirés à leurs parents pour négligences, maltraitances. Moi qui me bas jour après jour auprès de ces familles.
Je me suis effondrée, déjà imaginant le pire. Placement, jugement, cauchemar …

Heureusement, les travailleurs sociaux chargés de notre « dossier » ont bien fait, et vite, leur travail. Au bout de quelques semaines, l’affaire était classée sans suite.

Après ce douloureux passage, nous pensions avoir trouver une solution pour que Perle soit scolarisée tout en bénéficiant d’un accompagnement psychologique fort. Sa thérapeute nous a en effet appris l’existence d’une clinique spécialisée dans ces troubles de la scolarité, particulièrement auprès des adolescents.
Un dossier est constitué cet été, mais nous sommes sans aucune nouvelle depuis…
Nous qui envisagions sa rentrée de septembre 2015 avec espoir, sommes de nouveau dans le désarroi le plus total.

Pressés par l’Education Nationale de rendre des comptes sur le devenir de notre enfant, sans solution, sans aide ni soutien des « structures compétentes », nous avons de nouveau pris la décision d’instruire notre fille en famille.
Et donc, pour cela, je dois me rendre disponible.
D’où ma décision d’arrêter de travailler (entre autres raisons).
D’où ma décision de m’investir vraiment dans ses apprentissages afin qu’elle n’accumule pas un retard trop important par rapport aux « petites cases exiguës » du programme officiel. Car oui, nous allons être contrôlés. Perle va être évaluée, avec obligation de résultats, de progression, sous peine d’un nouveau signalement auprès des services sociaux.

Mais Perle en a décidé autrement. Ma fille, qui me semblait totalement submergée par ses peurs et ses angoisses, a eu LE déclic. Est-ce l’entrée en 6ème de sa petite sœur ? Est-ce la semaine passée chez mon oncle, éleveur de vaches laitières ? Est-ce juste un cheminement personnel ?

Perle étouffe, Perle s’ennuie, Perle veut retourner à l’école !!!

C’est les larmes aux yeux et le cœur tressaillant de joie que j’ai recueilli sa demande il y a quelques jours …
Même si ce retour à une scolarité en établissement n’est pas envisageable tout de suite. Même si mille questions et autant de doutes se bousculent sous mon front.
Ma Perle a réagi.

Les mois qui arrivent vont donc être dédiés à sa future réintégration scolaire, tant au niveau apprentissages (car Perle a beau être précoce, son retard est phénoménal) qu’au niveau social, pour lui permettre de s’expérimenter dans des petits groupes, réapprendre les codes de communication avec l’Autre, trouver une structure qui lui convienne (pour l’instant on envisage une orientation en Maison Familiale Agricole, pour qu’elle puisse s’épanouir dans une formation dédiée aux animaux) .

Voilà donc un résumé brouillon des derniers mois, dans notre bataille pour Perle.

Aujourd’hui, j’aimerais trouver des pistes, lire des témoignages de parents d’adolescents instruits en famille. Parce qu’autant c’était un jeu d’enfant de l’instruire à 6 ans, autant cette année, c’est ardu et compliqué.

Alors je vais me servir de mon blog, comme tribune, comme journal de bord, pour vous raconter nos journées, nos découvertes. Pour vous appeler à l’aide aussi, quand on pataugera, quand on n’y arrivera pas. Pour vous partager aussi cette autre façon d’apprendre qu’est l’instruction en famille, bien différente qu’au collège.
Vous serez là, dites ??

(parce que des fois, c’est vraiment dur d’être une maman …)

Un goût d’amertume

dépressionDéscolarisation – phobie scolaire – certificats médicaux et j’en passe et des meilleures.. Comme une impression de déjà-vu, un goût d’amertume, une envie de pleurer.

Nous pensions avoir tourné la page, refermé le sombre livre de la dépression enfantine…

Comme nous nous trompions. Comme nous nous bercions d’illusions. Nous nous vautrons dans la félicité et la fierté toute parentale d’avoir réussi à extirper Perle de ses angoisses extrêmes. Nous nous enorgueillissons de notre écoute bienveillante, notre attention constante qui la soutenaient et la préservaient des rechutes. Rechutes qu’elle ne connaît plus. Radieuse, elle évolue chaque jour vers son avenir.

Comme le revers de bâton est douloureux. Comme le chagrin est fort quand il a déjà été goûté. Comme l’incrédulité, l’incompréhension et les doutes sont violents quand le cauchemar touche celle qui nous semblait la plus sereine.

Ma belle blonde. Ma toute grande. Ma première.

Notre aînée s’étiole depuis quelques semaines, se recroqueville, se brise. Sans mots à appliquer sur ses maux. Dans les larmes, l’insomnie et les mutilations. Dans la panique, la peur et l’angoisse.

Et pourtant, elle est si souriante, si aimante et câline. Bien à l’abri dans notre maison. Bien à l’abri dans nos bras. Et devient tout autre, tremblante et agonisante lorsqu’il s’agit de franchir les portes du Lycée.

Nous l’avons serrée fort fort dans nos bras, mais cela n’a pas suffit. Nous avons pleuré avec elle, pour elle, mais cela ne l’a pas guérie. Nous avons fait semblant de ne pas entendre les semonces de la société, de ne pas supporter la pression des administrations. Mais ils nous ont écrasés.

Et les grands mots ont été prononcés. Pour nous préserver, garantir l’équilibre de notre famille, assurer son bien-être psychologique, il a fallu mettre ces vilains mots sur un mal-être indéfinissable, inquiétant et envahissant.

Phobie scolaire. Pourquoi ? Comment ? Ma belle blonde, mon actrice en herbe, si sociable et sans accroc. Ma précoce, ma surdouée. Qui s’effondre alors que tout lui sourit. Qui se craquelle alors qu’elle semblait faite de titane et de rires.

Aujourd’hui est le premier jour d’un hiver noir….

Comme un goût d’amertume.

En attendant le Printemps.

Je voulais juste te dire

J’avais promis à mon fan-club (oui, j’ai des fans hiiiiiiii) que mon prochain article serait drôle…sauf que…Sauf que je n’ai pas le coeur à rire, ni à tourner en dérision quelque réflexion d’ado ou autre péripétie de notre vie quotidienne.

J’ai le coeur lourd et plein de larmes, l’esprit confus et perdu. Et j’ai besoin de déposer un peu de ma détresse ici.

J’avais évoqué il y a quelques semaines mon impuissance face au désarroi et à l’angoisse de Prems. Elle traverse actuellement une mauvaise passe, comme on dit.

Isolée au lycée, abattue devant la charge de travail qu’elle doit abattre, terrifiée à l’idée de devenir « grande ».

Nous pensions que les démarches entreprises (rencontrer l’équipe pédagogique du lycée, aller voir un médecin, la soutenir, la câliner, lui laisser le temps) avaient agi, et nous la trouvions plus vive, plus souriante, plus ancrée dans sa vie.

Mais il n’en est rien. Au contraire. Depuis quelques jours, le chagrin ne la quitte plus, l’insomnie l’accompagne chaque nuit, les larmes coulent sans cesse.

Nous restons de longues heures toutes les deux enlacées, à pleurer ensemble, à parler, parler et encore parler.

Il ressort de ces discussions qu’elle a peur, peur de nous décevoir, peur d’échouer, peur de prendre son indépendance.

Je voulais juste la rassurer, par mes paroles et mes actes, lui assurer mon soutien et ma confiance, quelques soient ses choix de vie, mais elle n’entend pas.

Tous les matins, la nausée la submerge, l’angoisse l’envahit et elle reste brisée dans mes bras. Tous les jours, elle reste blottie sous sa couette, là où comme elle le pleure souvent : « J’ai l’impression d’être encore une toute petite fille ».

Alors, mon Amour, ma belle Blonde, ma toute grande, je voulais juste te dire que tu es une toute petite fille. Notre toute petite. Pour l’éternité. Chaque jour de ta vie, tu pourras venir te blottir dans mes bras, déposer ton fardeau entre mes mains, me demander de te protéger, de te câliner.

Je voulais juste te dire, encore, que rien n’est écrit. Que rien ni personne ne t’oblige à grandir trop vite, trop fort. Que chaque jour qui passe suffit bien à ta peine.

Je voulais juste te voir sourire, rire et vivre. Je voulais juste te voir évoluer dans ta vie d’adolescente, comme avant. Entre sorties et grasse matinée, entre fous rires et prises de becs.

Mais aucune de mes paroles ne guérit ton mal. Aucun de mes câlins ne te soulage. Pourquoi ne puis-je pas ensoleiller ta vie, ne puis-je t’offrir le meilleur ?

Pourquoi était-ce si simple d’accompagner tes premiers jours de vie, tes maux d’enfant, tes premières bêtises ? Pourquoi est-ce si compliqué de t’accompagner sur ton chemin de vie ?

Alors, nous allons solliciter d’autres aides, d’autres béquilles pour tes pas hésitants. Nous n’allons pas lâcher, jamais.

Je voulais juste que tu sois heureuse. Je voulais juste te dire que je t’aime, d’un amour immense et indestructible, que je suis fière de toi, plus qu’hier et moins que demain.

Ma toute grande, ma première-née, ma meilleure amie, mon bébé. Je voulais juste te le dire.

Quand j’ai décidé de commencer à vivre pour moi.

vivreIl fût un temps où vivre me faisait peur, très peur.

Enfant, j’ai souffert d’anxiété sociale. Avec refus de sortir de chez moi. Avec tout ce que cela implique de souffrance pour moi, les autres, de suivi psy en internat psy.

Jeune adulte, j’ai fait semblant, pas trop mal ma foi. J’ai commencé à découvrir le monde.

J’ai aimé mais ça me faisait encore un peu (beaucoup) peur.

L’arrivée de mes enfants, successivement, m’a permis (donné l’excuse ?) de m’enfermer dans une routine rassurante, dans un espace restreint. Mais cet isolement a fini par me faire du mal, m’abîmer, m’aigrir. Dépression, tensions.

De longues années de morosité ont défilé, m’enfermant chaque jour un peu plus dans ce cercle vicieux : isolement – dépression – agression ..

Et puis, il n’y a pas si longtemps, le cours de ma vie a doucement changé, déviant son chemin de la morosité, pour emprunter celui de la libération.

Mon retour à la vie active, mon épanouissement professionnel, l’estime qu’ont pu me porter des amis, des collègues, des responsables, ont doucement changé le regard que je portais sur moi.

J’ai mûri, grandi, éclos !

Aujourd’hui, je me sens moi, droite dans mes baskets, sûre de mes choix, prête à les défendre, à savourer les bonheurs qui se présentent, à les provoquer même.

Je ne suis plus une petite fille. Je ne suis plus qu’une Mère, qu’une épouse.

Je suis MOI, toute entière dévouée à ma Tribu, mais consciente de ma liberté de faire, de vivre.

M’aimer, m’accepter, me cajoler. Prendre le plaisir où il m’attend. Pour moi seule.

Quand j’ai décidé de commencer à vivre pour moi, j’ai aussi à commencer à vivre avec les autres.