Bon débarras (et meilleurs voeux)

bye2016

Plions-nous une fois encore à la tradition bloguesque, et tirons un trait sur l’an finissant.

Qu’il fut long, cet an 2016 ! Qu’en garderai-je en mémoire, je ne sais pas.

Entre larmes et peines, galères et doutes, la Tribu a souffert. En clair, on a ramassé.

Mais il faut bien relever la tête et n’en conserver que le meilleur, pour que l’idée de recommencer une nouvelle année ne nous donne pas l’envie de tout plaquer.

Trêve d’envolées dramatiques, voici en quelques mots, sans hypocrisie, un résumé de notre année.

Tout d’abord, je définirai 2016 en un seul mot : CHANGEMENT.

  • Perle a intégré une nouvelle école, mettant fin à deux ans de non-scolarisation.
  • J’ai quitté mon travail d’Auxiliaire de Puériculture, pour me consacrer à d’autres projets
  • J’ai créé mon entreprise, puis abandonné devant l’ampleur de la tâche
  • Deuz est devenue une jeune fille extra, et a définitivement tiré un trait sur son double maléfique
  • Championne a souffert, s’est battue et finalement a choisi le plaisir et le partage plutôt que la compétition à tout prix
  • J’ai relancé l’activité de mon entreprise, parce que finalement, je me suis un peu oubliée dans tout ça
  • Prems a eu 18 ans !! et je n’en suis toujours pas remise !
  • Un bébé tout-neuf a relancé ma machine à bisous, et j’en suis comblée (coucou mon neveu chéri)

Bref, je vais clore le chapitre 2016 avec encore beaucoup de regrets, de rancœurs, de déceptions.

Mais je vais écrire les premiers mots de notre an nouveau, pleine d’espérances, de projets plus fous les uns que les autres, avide d’aventures et de partage. Mon maître-mot pour 2017 sera RÉALISER !

En attendant de vous présenter mes vœux, dans quelques heures, permettez-moi de vous souhaiter un excellent samedi, qu’il soit festif ou ordinaire.

Prenez soin de vous et vos proches, aimez-vous, pardonnez-vous, soyez fous !

Bien à vous,

Ingrid.

Alors je prie

Nous sommes le mardi 21 décembre 2016, je suis confortablement assise dans mon canapé, devant ma cheminée qui flambe sous les bûches dont je l’alimente régulièrement.

J’entends Fiston commenter la partie de jeu vidéo de Championne. J’entends aussi Perle renifler, pas bien remise de sa grippe.

Je sais Deuz presque réveillée, sous sa couette, sans doute en train de « checker » les derniers SMS reçus dans la nuit.

J’imagine Prems et Monsieur Mon Mari occupés au boulot, à une quarantaine de kilomètres de là.

Ces dernières semaines, j’ai comme une envie de me plaindre, de pleurer, une boule amère dans la gorge.

Parce que tout ne va pas comme dans du velours pour moi, pour nous.

Parce que l’année se finit chichement, parce que notre Noël sera frugal, parce que plein d’autres peines, chagrins, espérances désabusées et tant d’autres contrariétés.

Et puis, j’ai honte. HONTE.

Tout va bien pour moi, pour eux, pour nous.

Parce que justement, nous sommes nous, unis sous le même toit. Un toit sûr et chauffé. Un toit à nous. Dans un confort inégalable. Nourris et en bonne santé. Soignés si besoin. Protégés.

Parce que mes enfants ne seront pas séparés, blessés, perdus, tués. Parce que mon mari ne sera pas enrôlé, ou torturé, ou exilé.

Parce que je ne serai pas violée, vendue, bafouée.

Parce que chaque jour m’apporte leurs câlins, leurs baisers, leurs disputes même. Autour d’une table garnie. Ou bien dans un lit douillet.

 

Des mots brouillons et mal agencés pour exprimer cette peur qui me tord le bide. Quand je prépare des colis de vêtements chauds, pour ceux arrivés en France ou dans des camps ailleurs. Quand je sais que la famille S., avec ses 6 enfants, va encore dormir dehors cette nuit, quelque part dans Lyon, comme tant d’autres. Quand j’attends des nouvelles des évacués, et que j’apprends l’horreur.

Quand partout, sur notre Terre, l’humanité se meurt.

Alors moi l’athée, la cartésienne, la française moyenne, je prie. Je pleure et je prie.

Priez avec moi. S’il vous plaît.

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Quand le monstre se réveille

Elle recommençait à se camoufler. Sa grosse veste portée en permanence, une carapace salie et usée. Je la surprenais de nouveau à courber les épaules, à fermer les yeux. Sa bouche témoignait de ses peurs, hachée, triturée et blessée par ses doigts tremblants et nerveux.

Son sourire se faisait moins vif, ses paroles moins nombreuses.

Le matin, à l’aube, alors que l’heure de la réveiller avait sonné depuis longtemps, j’hésitais, le coeur noué. Je le jouais à quitte ou double. Un sourire ou des larmes. Jackpot gagnant lorsqu’elle se préparait seule, sans que j’ai à la motiver dix fois. Echec et mat, lorsqu’à l’heure de sortir dans la gelée matinale, elle était encore enfouie sous sa couette, la mine renfrognée et le front soucieux.

L’angoisse avait repris le dessus.

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Le monstre tapi en son sein, bien qu’amadoué depuis quelques mois, n’en restait pas moins bien présent. Lourd et serrant d’une griffe de plomb la douce âme de mon enfant.

Alors, je reprenais mes litanies sans fin. Des encouragements et des câlins. Des caresses et des « cajolades ».

Parfois aussi, les larmes roulaient sur mes joues, sur mes mots, quand la fatigue et la peur étaient trop fortes.
Parfois même, les cris écorchaient ma gorge serrée, quand plus rien ne d’autre ne venait soulager notre peine.

J’étais démunie, j’étais une maman en carton.

Le monstre sortait de son sommeil pour bousculer ma Douce. Il crochetait, agrippait, retenait mon enfant, alors qu’elle était toute entière tournée vers un demain plus serein.

La fatigue physique venait amplifier la rage du Démon. Des jours et des jours à arpenter les chemins de terre, dans le froid et la bise. Des soirs et des week-ends, à courir et dribbler, sur le terrain vert.
Du plaisir pourtant, de la joie et de l’envie aussi.
Mais elle était bien fragile, quand même, ma fille.

Elle était si petite, malgré sa taille de géante.

Elle avait affronté et remporté déjà de nombreuses batailles contre ce monstre invisible.

Elle avait durci le front et serré les dents. Elle avait relevé la tête et bravé le vent.

Mais cette fois-ci, elle devait reculer.

Respirer. Expirer. Prier.

Presqu’à terre et sans souffle, nous allions nous relever, LA relever. La soutenir et la porter. Encore. Toujours.

Malgré la douleur qui grince dans mes os, et hurle dans mon cœur.

Malgré la peur qui broie nos âmes.

Elle va se relever. Bientôt.

Parce qu’elle a décidé de se battre. Parce qu’elle a décidé de GAGNER.

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Quand je ne réalise pas

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Je vous racontais il y a quelques jours comment Perle affronte vaillamment ses démons, pour être « normale ».

Mais j’ai le doute et l’angoisse chevillés au cœur depuis si longtemps, que je n’arrive pas à relâcher ma vigilance. Tout le temps, trop fort.

Quand je la dépose à son travail, au centre équestre, et que je la suis du regard, discrètement dans le rétroviseur, pour être sûre qu’elle y va bien. Quand mon doute est persuadé qu’elle va se planquer quelque part, et m’attendre jusqu’au soir.

Quand je la récupère le soir, et que de loin, je guette déjà les signes de l’angoisse ou de la tristesse sur son visage.

Quand j’interprète chacun de ses silences comme un mal-être. 

Quand je provoque la discussion au sujet de l’internat et que je devine (imagine ?) sa panique.

Quand, lors des entraînements de foot, je reste toujours auprès d’elle, répondant pour elle à ses co-équipières, détournant son attention, pour la détendre.

Mais a-t’elle encore besoin de mes remparts ? A-t’elle encore besoin de mon bouclier, de ma voix, de mes bras, à chacun de ses pas ?

Quand elle est debout dès l’aube, prête bien avant l’heure, dévorant chaque repas, tellement le travail physique la stimule.

Quand elle rentre le soir, percluse de fatigue, recouverte de poussière et de graisse à sellerie.

Quand elle raconte, un peu, les bêtises des chevaux.

Quand elle devient acharnée, obstinée, sur le terrain vert, alors que ses jambes ne la portent plus et que son souffle est trop court.

Quand je la vois prendre, un peu, de distance avec moi devant ses co-équipières. Quand, de loin, je la vois répondre aux conversations des filles.

Quand elle s’applique pour ses devoirs scolaires, les effectuant de bon cœur.

Quand elle parle de son retour à l’internat, lundi prochain, avec crainte mais pas trop quand même.

Quand je la trouve encore grandie, que son mètre soixante-dix me semble gigantesque, parce que maintenant son visage n’est plus jamais caché derrière ses cheveux.

Mais je ne réalise toujours pas. 8 ans de cauchemars collés à ma peau. 8 ans à affronter le monde pour elle, à la cacher derrière moi, à avancer à reculons, pesant chacun de mes mots, de mes regards, pour ne pas exacerber encore plus son angoisse.

8 ans où chaque semblant d’avancée est balayé par un recul violent.

Il va falloir que je baisse les armes, que je lâche prise. Que je lui lâche la main. 

Il va bien falloir, hein. Mais bon sang, qu’est-ce que ça fait peur.

Alors, la vie a repris ses droits

Alors que le goût d’écrire m’avait quitté depuis bien longtemps, il me vient à nouveau comme une envie de vous dire, de vous raconter, vous qui avez suivi son histoire depuis le début, lorsque chacune de mes respirations n’était que cri de souffrance et de désespoir.

C’est bien sûr de mon doux, mon tendre, mon incroyable Amour que je parle. Ma Perle. En début d’année, sa vie était sur pause depuis quelques mois déjà, suite à notre décision de la retirer du collège.

J’avais choisi d’arrêter mon activité professionnelle pour me consacrer à ses études. Mais pas évident, je me suis retrouvée coincée dans mes habitudes de mère au foyer, courant amener un enfant par-là, en chercher un(e) autre par-ci, tout en essayant de monter une activité auto-entreprenariale, histoire de m’occuper un peu plus.

Alors, Perle est restée, sur son canapé, devant ses dessins, sagement, sans mot dire, comme elle sait si bien le faire.

Et je l’ai un peu oubliée. Elle était là, je savais toujours où la trouver, pour un câlin, une sortie, un besoin. Mon activité prenait de l’ampleur, ma santé défaillait et je l’ai « zappée ».

Et un jour, elle s’est rebellée. Et a dit en avoir assez d’être la seule enfant à rester à la maison, sans activité, sans rien à raconter le soir, lors du repas. A écouter ses soeurs et frère raconter leurs journées, à les voir partir chaque matin vers de nouvelles aventures.

Et alors elle m’a dit : je veux retourner à l’école. Moi aussi, je veux être normale.

Coup de tonnerre dans mon petit monde bien rangé.

Alors, on a cherché. Et rapidement, on a trouvé. Grâce à son attirance pour le monde agricole, on a très vite déniché une structure qui propose un cycle de formation pour nos futurs agriculteurs.

Et une nouvelle bataille a commencé. Réussir à inscrire une ado désco, c’est pas simple. Il aura fallu s’accrocher jusqu’à fin juillet, où enfin, nous avons reçu son attestation d’inscription. En MFR, en 4ème agricole. 

Alors il a fallu remuer ciel et terre pour lui trouver des lieux de stage.

Et le 5 septembre 2016, à 14h, Perle a repris le chemin de l’école. Avec sa valise et ses angoisses, accompagnée par son papa, car ma panique a gagné et empêché de l’escorter.

Cette première semaine d’école a été cauchemardesque et extra-ordinaire à la fois : Perle a résisté les deux premiers jours jusqu’à s’effondrer et sombrer dans l’angoisse. Mais nous avons alors découvert à quel point l’ensemble des encadrants de son école sont bienveillants. Ils l’ont soutenue, encore et encore. Tirée vers le haut, toujours. Encouragée, complimentée, jamais abandonnée. Ils nous ont appelé, des heures durant, jour et nuit. Questionnés pour connaître au mieux notre fille. Et ça a payé. 

Après avoir touché le fond mercredi, jeudi midi Perle a rebondi de façon spectaculaire et a terminé sa semaine sans nouvelle crise de panique.

Et vendredi, j’étais bien trop en avance pour récupérer ma battante. Le coeur tremblant et les mains moites.

Et là, encore, une nouvelle victoire. Quand ses intervenants viennent à moi, souriants. Fiers de Perle, dédramatisant la semaine, en lui réitérant leur soutien et leur confiance.

Quand ils me disent que scolairement, elle dépote ! Quand leur calme et leur assurance me paraissent miel et douceur sur mes angoisses.

Et déjà, j’aperçois un changement flagrant sur ma fille : elle est droite et souriante, parle à haute et claire voix.

Et continue ses progrès, en intégrant une équipe de foot féminin, disputant ses premiers matchs, avec obstination et courage, malgré les défaites cuisantes. Je la vois vivante et vibrante.

Et ce matin, une nouvelle étape encore. Je l’ai déposée dans un centre équestre, où elle va effectuer 8 semaines de stage. Où elle va pouvoir combler son besoin d’être au contact des animaux.

Comme j’ai hâte qu’elle me raconte. Comme j’ai hâte de savourer son sourire et ses yeux qui pétillent. 

Je me gave de ses rires, de ses anecdotes gloussantes au sujet des garçons à l’école. 

Sa vie vient de (re)commencer, et cette fois, je ne la laisserai pas s’arrêter.

to be continued ….

 

 

Raconte-nous une histoire !

enfantlitIl a attrapé le virus !

Il en présente tous les symptômes, il en a tous les signes cliniques : yeux qui bougent, lèvres qui tremblent, voix qui s’échappe parfois, une phrase plus haute qu’un murmure, tout le temps, partout.

Mon fils est atteint.

Il a le virus de la lecture !

Et pourtant c’était pas gagné : à l’âge des premières histoires, il préférait largement courir, grimper, sauter, escalader, tomber, s’ouvrir l’arcade, glisser, bis répetita … qu’écouter maman raconter comment Tchoupi, ce petit malin, joue à sauter dans les flaques !
Mais voilà, sans rien laisser voir, il engrangeait consciencieusement les apprentissages nécessaires à la lecture, depuis certainement bien longtemps.
Et voilà-t-y pas qu’au premier jour de son CP, mon ToutPetit, mon Fiston me dit, royalement : « Maman, je sais lire ! »

Et d’ouvrir son manuel (déjà, à cet instant, imaginez mon émotion : mon Bébé a un livre de lecture!!) et de lire tranquillement la première page.
Mouais. Il en faut plus pour m’impressionner, Fiston. Je connais les pratiques de ton instit’, le côtoyant depuis bientôt 7 ans. Il vous fait lire et relire la page jusqu’à la connaître par cœur !

Donc je ruse. Je tourne la page. Vas-y, petit gars, lis ça pour voir….

Bah j’ai vu. Fiston sait lire, ok.

Il a donc lu en quelques jours tout son manuel d’école, puis a enchaîné avec toute sa bibliothèque.

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En premier, ses préférés, ceux de Simon, chouchou incontesté de la maison. Ceux-ci, par exemple :

jeveuxdespates nonpasdodo

cacaboudin

Puis il a commencé la collection reçue de l’Ecole des Loisirs (on s’abonne par l’école, on a un tarif préférentiel).

Des exemples :

crocodile hautlespattes la-chasse-c3a0-lours lechatrouge sann

A l’heure actuelle, il a déjà lu son 2ème manuel de lecture :

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et commence à s’intéresser à des livres plus complexes, plus longs, voire trop longs comme ceux-ci !

chairdepoule

(il ne l’a d’ailleurs pas terminé, l’a abandonné au profit d’une BD)

lecturenfant

Et chez vous, le virus de la lecture fait-il rage ?
Partagez vos lectures du moment, celles de vos petits !!