Hors du temps.

(Article initialement publié en mars 2012)

Moment étrange, parenthèse de rires et d’amour. Hier après-midi, nous avons donc passé 3 heures tous réunis, à tenter de profiter d’être ensemble.
Mais comme ces instants étaient étranges. Perdus, sans repères, à la fois plus qu’heureux de serrer notre Perle et déjà tristes à l’idée de la séparation. Dans cet endroit sans âme pour nous, presque forcés à faire semblant.

Je suis mal à l’aise, frustrée et peinée d’avoir ressenti toutes ces émotions contradictoires. Regarder évoluer ma Tribu, le coeur lourd et le ventre serré. Sourire pour cacher mes larmes. Rire pour ne pas hurler.

Les enfants, après un moment de flottement, presque de timidité de retrouver leur soeur, ont vite retrouvé leurs habitudes et ont roulé, chahuté, ri et couru.
Ils ont admiré les hélicoptères de la sécurité civile, ramassé des fleurs, fait des batailles de poussière.

Puis, doucement, à l’initiative de notre Perle, si réfléchie et posée, nous nous sommes tous dirigés vers « son » Unité.

Elle a tout montré à la Tribu : sa chambre, les salles de jeux et de repas…

Après, pour faire le lien entre nos rires et nos larmes du départ, nous avons fait quelques jeux de société. Mais le coeur n’y était pas. Ma puce, fatiguée, se recroquevillait au fil des minutes. Nos sourires ont disparu.

Alors, ma puce, ma si jolie et tendre blonde, a dit : « Allons dans ma chambre, faisons-nous des câlins et après, je vous raccompagnerai à la sortie ».

Alors, nous l’avons fait. On s’est serrés fort, fort. On a un peu pleuré, beaucoup pour certains.
Puis, nous sommes partis, après une énième embrassade. Esquisser des baisers derrière la porte fermée, la voir debout, les larmes aux yeux derrière la vitre…

Partir, laisser un bout de nous là-bas.

A notre retour, l’entendre pleurer au téléphone. Pleurer avec elle.

Les semaines à venir me semblent des montagnes infranchissables, tellement son absence me pèse. Comment avancer jour après jour et aimer la vie, quand mon coeur est resté là-bas.

Aujourd’hui, c’est trop dur…

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Les 6 chaînons de mon coeur

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Coeur blessé.

(Article initialement publié en mars 2012)

Cinq jours que Perle sombre dans l’angoisse et la dépression.

Cinq longues journées passées à pleurer, à se replier sur elle, à combattre toute tentative d’approche des soignants.

Cinq jours que notre coeur de parent saigne et souffre.

Cinq longues journées passées au téléphone avec les infirmières, les internes, les psychiatres.

Les neuroleptiques ont fait leur entrée, des mots barbares ont été prononcés : isolement, injections, névrose…

Le doute gonfle, m’envahit, des images terrifiantes hantent mon esprit chaque nuit blanche qui passe…

Pourtant, je le sais, de toute ma raison, qu’il faut tenir bon, encore et encore…Que ces mauvais jours sont un mal nécessaire au lâcher-prise de notre Perle.
Qu’il faut la laisser « seule » face à cette monstrueuse angoisse.
Elle va y arriver. Accepter de saisir leurs mains tendues. Sans nous.

Sans que j’accoure comme chaque fois, pour la soustraire à cette panique. Pour la laisser l’affronter, la combattre, la vaincre, en triompher..

Mais combien sont durs ces jours passés à connaître sa souffrance, à entendre ses pleurs et ses supplications…Combien hurle mon coeur de maman quand les soignants ne m’annoncent aucun progrès. Quand les psyschiatres s’inquiètent…

Mon doux, mon tendre, mon incroyable Amour, sache que pas une seconde ne s’écoule sans que toute la Tribu ne pense à toi, ne souffre pour toi, n’espère pour toi.

Demain, nous serons là.

Semé d’embûches

(Article initialement publié en mars 2012)

Après un week-end placé sous le signe de la grippe, mon corps brisé et courbatu se remet doucement, sous ce beau soleil.

Le brouillard quitte lentement mon cerveau et me laisse tout loisir de cogiter, déprimer. La léthargie familiale contribue à cette morosité. Oui, mes petits sont toujours bien faibles et malades.

Mais au fil des heures, je reprenais goût à m’occuper de la Hutte, à rire et jouer avec les enfants.

Seulement, il devait être écrit que la bonne humeur n’est plus trop la bienvenue ici…

Un coup de fil m’a replongée dans mon tourbillon d’idées noires.
La psychiatre de l’hôpital nous a appelés aujourd’hui, inquiète de l’état inhibé et dépressif de Perle. Nous a demandé notre accord pour débuter un traitement anxiolytique.

Je n’ai qu’une hâte, avoir ma Perle au téléphone ce soir, pour entendre sa voix, sentir son moral, creuser au fond des choses, la supplier de réagir à leurs propositions. Je sais ce comportement réservé et inhibé familier de ma Puce. Rajoutons à ça le contre-coup de son hospitalisation et il était quasi certain que notre fille allait plonger dans le cafard.

Comme j’aimerais être avec elle pour la stimuler, l’encourager à participer aux activités, leur montrer qu’elle n’est pas dans un état de dépression avancée, mais bien dans un abattement dû à l’éloignement….

Comme elle me manque, comme je respire mal sans elle, sans sa voix et son rire. 

Un étrange silence.

(Article initialement publié le 10/03/2012)

Tu es partie hier…Seulement quelques heures et pourtant notre Hutte semble bien vide ce matin. En attente. Un sentiment de manque, d’inachevé, qui nous pousse à nous retourner, chercher…Te chercher.

Il va falloir quelques jours pour que chacun trouve de nouvelles marques, une vie à 6 pour un Temps.

Là-bas, si loin, toi aussi, tu cherches tes marques, entourée de visages inconnus, dans un lieu vide de sens et empli d’odeurs étrangères.

Pourtant, nous t’avons laissée, presque sereinement, presque confiants.

Et nous avons su : tu as été forte, une « warrior ». Les soignants nous ont rassurés. Ton sommeil a été paisible, ton réveil également. Nous savons que tu seras constamment accompagnée, entourée, le temps d’apprivoiser ton nouveau lieu de vie.

Et nous allons surtout compter. Encore. Dans 5 jours, je pourrais de nouveau poser mes lèvres sur ton front, te câliner, et mes bras combler le manque de toi.

Alors, je garde, j’engrange. Chaque bisou, chaque câlin, chaque pensée est conservée précieusement.

A très vite, mon doux Amour.